Chapitre 1 : Le Paris/Berlin d’un va-nu-pieds

Pourtant, la journée commençait bien mal… (J1)

Vouloir quitter Paris, ce n’est pas très compliqué. Elle est de ces gens désespérant à la recherche d’attention qui affiche sur le papier un profil plus-que-parfait se révélant comme étant bien évidemment truqué d’un bout à l’autre. Il suffit de s’éloigner du beau haussmannien pour se rapprocher du périph’ et on constate l’envers du décor, là où s’opère toute la supercherie. Et il en va de même avec toutes les mégalopoles. Elles déploient un faste tentaculaire à travers le monde en usant des arts qui à défaut de faire rêver, font naître une fragile mais dangereuse étincelle d’espoir chez les plus démunies qui y accourent. Ses derniers se retrouvent généralement stoppés à l’entrée et s’entassent au pied du mur, laissant macérer leurs espérances promises jusqu’à devenir un vinaigre de haine et de dégoût…

Paris n’est belle que pour ses enfants, les riches et ceux qui rêvent de l’être.

En vérité, moi aussi je tombe régulièrement dans ses filets après quelques verres dans un café ; au cours d’une longue balade sur le bord de Seine ; ou encore assis sur ses toits en bonne compagnie. Ivre, je l’appelle ma grande catin. Vivant de ses atouts, se reposant sur l’appétit du vice et de la démesure, elle fait naître en nous des désirs pléthoriques et fixe le prix de leurs assouvissements. Une fois la nuit achevée, au crépuscule, ceux venus faire la fête promise par Hemingway sont honteux de leur dépense, se promettent que c’est la dernière fois, qu’ils ne se laisseront plus prendre, qu’ils ne se laisseront plus « emporter par la foule » ; mais le lendemain, amnésique à leurs propre sermons, ils y retourneront insouciant, peut-être heureux qu’ils aient appris à oublier.

Pour ma part, le plus difficile n’est pas de vouloir tourner le dos à la capitale mais de la quitter tout simplement. C’est généralement comme cela que se présente les ruptures.

Après avoir terrifié les passagers matinaux du transilien en les étouffant involontairement avec mon gigantesque sac, je me rapproche de la Porte de Charenton, à l’entrée de l’A4, pour y afficher fièrement mon jolie panneau en marqueur et carton où l’on pouvait lire : »Europe–> Asie, STRASBOURG ».

Beaucoup d’inconvénients ne tardent pas à se présenter. Dans un premier temps, pas de place pour qu’une voiture se gare les 30secondes que demandent les classiques : « tu vas où ? », « monte ! », enfournage du sac et bouclage de ceinture. Et dans un deuxième temps, les sans-abris me regardent d’un mauvais œil légitime. Qui suis-je pour oser mendier le transport, alors qu’eux mendient le pain..?

Je décide donc de m’éloigner et me perds en essayant de rejoindre la Gare de Lyon. Mon paquetage est colossal, beaucoup plus que prévu ; 25kilos que je ne me suis pas habitué à porter. Avec un tel poids, chaque pas est le résultat d’un calcul méticuleux, visant à ne pas gâcher la moindre once d’effort. Mais j’enchaîne les erreurs bêtes, mes repères sont biaisés, et me perds dans cette ville que j’ai tant foulée sans jamais apprendre à la connaître. À trois reprises je traverse le même pont sans comprendre les directions à suivre, et la sueur commence à affluer… Pour couronner le tout, je me rends soudainement compte que j’ai perdu mon sac à viande, et ce, dès le premier jour ! (Pour qui ne connaîtraient pas l’objet ; non il ne s’agit pas d’un sac rempli de charcuterie, mais d’une deuxième couche protectrice pour les sacs de couchage destiné au grand froid hivernal).

J’étais parti de chez moi à 6 heures. Il était 10 heures. Je n’avais pas bien avancé et ma patience s’évaporait par les pores humides de ma peau. J’ai essayé tant bien que mal de cacher à mes proches tout le stress que l’on peut ressentir au commencement d’un tel défi. Ce sentiment est difficile à garder enfoui, car c’est sur cela que repose leur confiance, de ne leur laisser entrevoir que l’issue la plus optimiste qui soit. Même à l’abri de leur regard, il est d’autant plus complexe de le garder enfoui une fois en immersion dans le grand bain, surtout quand on peine à faire la première longueur d’une interminable série. Généralement -comme je l’avais fait la veille après ces ultimes moments partager avec les miens autour d’une pizza- je m’isole pour me retrouver autour d’un verre spiritueux. Plus question de faire cela sur un pont de Paris, alors que même ses buveurs les plus aguerris ont fermés bouteilles pour rejoindre leur lit ou leur emploi. Alors, au lieu de laisser place à l’énervement, je prend le temps de respirer adossé à ce même pont sur lequel j’ai tourné en boucle comme sur un infernal manège en rotation continu. Je rassemble toutes mes idées noires et les recrachent dans une lente expiration bienfaitrice.

Demi tour. Je décide de retourner sur mes pas histoire de tout recommencer. Un auto-lavage de cerveau s’opère et je suis à nouveau prêt pour le démarrage en côte. Cette fois ci, direction l’autoroute, plus bas dans la source, pour trouver une aire ; au moins je suis sûr que tout le monde va dans ma direction.

Je traverse la forêt de Boissy acclamé dans mon marathon par les moineaux. Puis je profite d’un trou dans le grillage fait par des tagueurs pour rejoindre la 4 voies.

Niché dans un faussé ronceux, j’entends le capharnaüm des voitures glissant à 120km/h sur le macadam, couvrant les grincements de mon bagage trop neuf, et de ses sangles hurlant de douleur. Après plusieurs kilomètres, arrivé dans une station essence, je suis arrêté par la police…

« Interdiction formelle de longer l’autoroute Monsieur ! »

Me voilà condamné à trouver une voiture ou à faire mon campement derrière le réservoir à essence. N’ayant d’autres choix, j’accepte poliment l’exil que me propose l’officier.

Des heures passent et toujours rien. J’ai des crampes au visage à force de sourire en arborant fièrement mon joli panneau. Mon seul divertissement : lire les lèvres, les regarder se mouvoir quand un conducteur tente de lire ma pancarte ; et puis me délecter de leur air surpris une fois la lecture terminé. Beaucoup rigolent et nous échangent des saluts amicaux.

La fatigue finit par me mettre au tapis. Je m’écroule sur mon sac, usée par le soleil et les refus, pour attaquer tardivement mon maigre déjeuner, une barre de céréales aux figues.

Alors que je dévore cette pauvre collation, une camionnette utilitaire blanche s’arrête à ma hauteur.

« C’est ton jour de chance l’ami ! Monte ! »

Le brave homme ne savait sûrement pas à quel point il aurait raison.

Bécanes et Picons : Bienvenue chez les Crados (J1 et J2)

520km plus tard, me voilà arrivé à Offendorf, un petit village alsacien frontalier au sud de Strasbourg. J’ai soif et ma gourde est presque vide. On me parle d’un étang près de la zone d’activité où je pourrais planter ma tente à l’abri des regards. Alors ni une ni deux je pars à sa recherche.

La zone paraît abandonnée. Pour accéder à la berge, je dois passer par une propriété ouverte et un grillage inachevé donnant sur la faune. Entre deux habitations de chantier, sous un petit chapiteau jauni par autre chose que le temps et la pluie, j’aperçois une somptueuse barbe blanche. Son propriétaire, vêtu d’une veste en jean noir et d’un bandana écarlate, me regarde avec curiosité. Une scène étrange, je croyais la zone abandonné. Entrené par la gêne d’avoir été surpris dans mon trépassement et surtout la soif, je m’approche quémander de l’eau.

Avec toute l’indifférence qu’un drôle d’énergumène qui ne s’est pas encore présenté mérite, l’homme me ramène une bouteille d’eau minérale fraîche.

D’où provient-elle cette bouteille ? Vit-il ici ? Je m’invite à sa table et profite de ce qui pourrait bien être ma dernière discussion en français avant un sacré bout de temps.

« Non, ici c’est pas chez moi. C’est chez les Crados. »

A cet instant de la discussion, je n’avais vu de l’intérieur que le poster attaché au plafond d’une créature play-boy en tenue d’Eve. Ses courbes semblaient avoir été cirées dans l’unique but de faire s’élever quelque chose d’autre que les regards.

« -C’est une entreprise de quoi ? » demandai-je avec ignorance.

-C’est pas une entreprise, c’est une association. »

Il écrasa sa bouteille en plastique entre ses mains, retourna à l’intérieur pour augmenter le volume de sorte à ce que je reconnaisse les riffs endiablés d’Angus Young (AC/DC).

« On est des motards, et ici -il alluma sa cigarette- ici c’est notre local. »

Je suis fasciné. Nous entamons une discussion où nous échangeons sur nos modes de vie respectifs. Les petits chemins de terre face à la grande étendue de goudron. Très vite, l’eau est changé en bière, et agréablement surpris, je découvre que le local est en réalité un « bar associatif ».

J’ai de la chance, ces motards -à ne surtout pas confondre avec des bikers- sont généralement fermés le mercredi. La providence a faite que les deux autres bistros du village soient en congé ce jour là. Et pour les Crados, pas question de laisser leurs braves voisins là gorge asséchée. À mesure que les bières s’enchaînent le monde arrive, une dizaine de personnes environs. Mon histoire attire l’attention mais les leurs me fascinent d’autant plus.

On est bien loin du vilain cliché véhiculé par des groupes tristement célèbres comme les Hell’s Angels et les Banditos, qui ont la main basse sur le trafic de drogue, d’armes et le racket en France. Les bikers ‘ »pirates », les non-gang, comme mes nouveaux amis, sont plus ouverts d’esprit, tournés vers la rencontre. C’est d’ailleurs pour ça qu’ils organisent des « concentre » où la passion dévorante du vrombissement d’un moteur bien huilé, des vestes patchés et à l’aide d’une ahurissante quantité d’alcool, tous se rejoignent pour former une grande famille. Pour y rentrer, il ne faut pas commettre d’acte criminel comme chez d’autres groupuscules de Bikers, simplement être accepté par l’intégralité du groupe et prendre un bon bain de boue, de farine et de houblon. Un baptêmes Crados quoi.

Moi, je n’ai ni moto ni connaissance sur le sujet. Mais il m’ont tout de même fait une place sur leur banquette grâce à cette même passion pour la route et les rencontres.

Je m’attache particulièrement à un couple, Bruno, fils du président de l’asso, et sa partenaire de route comme de vie, Marion.

Au début, Le Cuisto m’avait proposé de dormir sur un carré d’herbe à côté de la terrasse digne des buvettes de fêtes au village, entre deux camping-cars pour les très fatigués ou les chanceux. Mais très vite, le couple m’invite à crécher sur leur canapé en compagnie de leur adorable chien baveux Gaston.

Désormais je suis attablé avec mes futurs hôtes et d’autres de leurs amis (une chanteuse, un guitariste country..) buvant des Picons (bière assaisonnée d’une généreuse lichette de liqueur d’orange) qui me sont gentiment offert par la maison. La subtilité légal du lieu est qu’ils ne possèdent pas de licence pour servir de l’alcool à qui est en âge et en soif d’en demander ; ce droit est réservé au membre du club. Cela rend, pour les détenteurs de la carte d’adhésion, la consommation incroyablement abordable : 1€ la bière, 2€ le Whisky.

Après quelques coups, le rodage est fait et je peux me permettre d’être un peu plus curieux. J’essaie de comprendre comment on devient un motard. Bruno et Marion sont deux profils idéals pour m’apporter des réponses ; l’un est né dedans, l’autre y est tombé.

« Comment naît-on ou devient-on un motard ? Au delà des motos et du style vestimentaire rock’n’ roll.. »

Il y a le cas de Bruno. Né dans l’huile de moteur, rare sont les photos de lui et de son père où il n’y a pas de pièce mécanique ou gobelet de bières en arrière plan. » Son meilleur pote de boisson » comme il l’appelle. Une relation que peu d’entre nous peuvent se vanter d’avoir avec leurs anciens. Ses jouets à lui c’était des motos en plastique rapidement devenus des modèles grandeur nature alors qu’on avait à peine commencé à maîtriser la transition tricycle/deux roues. Je ne peux m’empêcher de demander indiscrètement si cela ne vient pas avec un certain prix ; de naître dans la démesure d’un âge expérimental devenu mode de vie. Effectivement, il a eu ses débâcles avec la justice, mais je ne pense pas que cela soit lié à son éducation ; les faits pour lesquels il a été inculpé, nous aurions été beaucoup à avoir pu les commettre quelque soit notre milieu social. Cela ne l’a en rien empêcher de devenir un type honnête et entier, qui paye le loyer d’une confortable maison dans laquelle il invite régulièrement les gens de passage. Il a un bon travail, il se lève tôt le matin pour se rendre dans son usine de montages. En vérité, la seul différence avec son mode de vie et celui d’une autre personne active, c’est sa passion pour la liberté qui émane d’un véhicule. Ce pur-sang de métal qui garantit un échappatoire à tout moment si jamais la monotonie du quotidien se fait gangreneuse. Bruno est un homme d’une extrême gentillesse, avec un grand sourire et plus d’ouverture d’esprit que l’on pourrait attendre de d’autres aux études plus prestigieuses et à la carrière « rêvée » vendues dans les catalogues. Il est l’illustration parfaite du dicton populaire « l’habit ne fait pas le moine ».

Je dis tout cela parce que les clichés jouent souvent de mauvais tours à l’esprit, et je ne suis pas exempt de cette règle. Un des nombreux avantages de la route, et je l’en remercie chaque jour, c’est qu’elle permet à chaque croisement de les déconstruire un peu plus.

Dans le cas présent, si je prenais une photo de Bruno le motard avec sa splendide queue de cheval, son long bouc, et ses tatouages, sur sa Rat, moto peint d’un noir fumé tout droit sorti d’un remake de MadMax ; et je plaçais à côté de celle-ci, le portrait d’école d’un costard cravate, rasé à blanc ; généralement le cerveau d’une personne habituée aux images des médias et du cinéma sur le sujet, attribuera plus de confiance, de manière inconsciente, à ce dernier, plutôt qu’à ce premier. Les images spectaculaires que nous venons chercher dans l’information et le divertissement nous dévoile par souci d’un drame vendeur, l’aspect le plus tristement spectaculaire d’une culture. Et c’est pourquoi je mettrai toujours un point d’honneur à dresser le portrait de personnes comme ces joyeux motards et à les placarder au-dessus de cette vision parfois étriquée du monde que nous nous rendons tous coupable d’acheminer de temps à autre.

Sa vie n’a pas toujours été le rock’n’roll. À chaque âge sa musique qui pousse au vice. Lui, c’était la techno, et c’est grâce à celle-ci qu’il rencontrera Manon, sa copine, en free party.

Manon, elle n’avait pas encore de moto et encore moins l’envie d’en conduire quand ils furent connaissance. Mais par amour et l’ennui de l’attendre le soir après qu’il ai refait le parterre d’un champ en motocross avec ses amis, elle s’y est mise à son tour. Elle aussi à très vite été intégré à cette grande famille liée par la boue et l’essence. Maintenant elle parcourt l’Europe pour rencontrer et parler de cette passion dévorante avec ceux qui la partagent. Entre temps, elle travaille comme animatrice pour un centre qui accueille de jeunes ados, donne son temps pour les accompagner dans leur épanouissement.

Nous rentrons du bar, buvons une dernière bière devant la collection de motos dans le garage, puis nous dînons un délicieux plat régional préparé par grand-mère qui apprend encore l’alsacien à ses petits enfants. Du Spoetzle, accompagnant un rôti bien garnit.

La nuit je combats par ronflement interposé Gaston, à qui je dis au revoir quand au petit matin Manon me dépose devant une barque qui me fera traverser le Rhin.

De l’autre côté, en Allemagne, je prends le temps de m’asseoir et de regarder le pays qui m’a été attribué par le destin… En face de moi, les rivages de cette bonne vielle France. Je vois le drapeau flotté sur son pôle, côtoyant le noir rouge jaune allemand… Les aurevoirs sont maintenant terminés.

British Heist (J2)

Le soleil d’été allemand avait encore quelques cartouches en réserve. C’est avec acharnement qu’il vida sur moi son chargeur pendant les 30km de marche à pied qui me séparait de la prochaine autoroute dans la ville de Bühl. Là se trouvait une aire où, j’avais prévu de faire du stop en fin d’après-midi.

J’arrivai plus rapidement que prévu grâce à l’aide d’un syndicaliste allemand qui distribuait des tracts devant l’usine de colle Uhu. Je m’installai sur une pierre à la sortie et montai mon stand avec un panneau affichant cette fois ci : Berlin, en gras.

En Allemagne il n’est pas rare de croiser une belle voiture sur une autoban, mais je ne me fais pas d’illusion, je sais que leurs propriétaires ne veulent pas d’un gueux qui salirait le cuir de leur Porsche, Range ou Audi…

Quelle ne fut pas ma surprise quand une BMW de collection s’arrêta et qu’un accent britannique me dit :

« We are going to Nurbering. Care to join ? »

Évidemment j’y ai sauté à pieds joint. Par principe je ne dis jamais non à l’appel de l’aventure. Ce n’était pas trop ma direction, tant pis, cela me rapprochait tout de même de l’axe Berlinois en me dirigeant 100km plein nord, il ne m’en restera plus que 800 à parcourir.

Rare sont les autostoppeurs pouvant se vanter d’avoir été pris par une voiture de sport. Moi, non seulement j’étais dans une voiture de course, mais parmi tout un convoi de cinq autres modèles comme on n’en voit que dans les magazines, ou en se perdant un dimanche matin sur M6.

J’étais en plein fast and furious. Sur les autoroutes allemandes, des sections entières où il n’y a pas de limitation. Mon conducteur londonien me demande gentiment si je suis géné par la vitesse. C’est à peine si j’ai fini de dire Yes, que je suis écrasé dans mon siège et que le compteur affiche 170, 180, 190… Il attrape une radio et organise avec ses camarades leur zig zag dans le trafic allemand. Ils parlent météo, état de la route, dépassement, blocage, ordre de la file et blagues paillardes comme seul les anglais en ont le secret.

« On va braquer quelle banque ? dis-je en rigolant.

En longeant la frontière française on est obligé d’attendre un membre des » « Gentelmen’s annual 4000 » -qui n’avait que leur nom de bien élevé- arrêté par la police pour des raisons évidentes. Jamais on ne me dira comment il a fait pour s’en sortir.

À deux reprises l’organisation ne suffit pas et on se fait flasher dans des virages en sortie d’autoroute, mais « tranquille il y a un budget pour ça ».

À Nurbering, pas question de me mener sur le circuit le plus meurtrier d’Europe. Trop de responsabilités et mon sac et moi même sommes trop lourd. Sur un circuit mouillé, ce serait du suicide. Pas de soucis, je ne veux pas leur empêcher de vivre pleinement leur expérience.

J’attrape mon sac posé sur la banquette arrière et me dirige vers un morceau de la forêt noir pour y dresser mon campement.

Perdu entre les mystérieux pins de cette forêt interdite, je dors comme un bébé dans cet amas d’arbres obstruants les deniers rayons du jour, rendant le lieu aussi sombre que son nom laisse a penser, et nous baignant mystérieusement dans le silence.

Les placard à couleur de Frankfurt. (J3)

C’est le petit matin dans la vallée. Les voitures tunées se moquent de moi en passant le rond point du Nurbering.

« Un départ pour Berlin ? Le vendredi ? Tu es complètement fou ! » me gueulent les camionneurs.

Je suis désespéré que leur cerveau étriqué ne comprennent pas que le nom sur ma pancarte est une direction, une destination finale, pas une quête d’un aller simple.

Je commença à me tourner vers la forêt qui m’avait accueilli la veille, et à me préparer psychologiquement pour sa traversée.

C’était sans compter sur la chance du voyageur qui se présente gentiment à nous dans ces moments. Une camionnette s’arrêta et me siffla. Et c’est ainsi que je fis la connaissance de celui qui deviendra sans aucun doute l’un de mes amis les plus… Étrange : Steve.

Je vais faire court car le personnage sera mieux décrit dans mon prochain article entre Berlin et Varsovie. Mais d’abord, avant d’être un ami, Steve à été mon sauveur, mais aussi un personnage dont je ne savais vraiment pas quoi penser !

Revenant d’un tournage pour une pub de la maque Porshe, il devait se rendre à Frankfurt pour son travail, puis nous pourrions nous diriger vers mon atlantis du jour : Berlin.

Le début du trajet se fit dans le silence le plus perturbant. Steve ne parle pas, il ne maîtrise ni le Français ni l’Espagnol et très peu l’Anglais ; moi c’est à peine si je savais dire bonjour en allemand. Mais quelques mots à la sonorité universelle, ajouté à un langage des signes confus, nous permettent de nous entendre approximativement dans la langue de sa majesté Élisabeth.

800km c’est pas gratuit… « Ici en Allemagne tout le monde travaille » me répète mon chauffeur. Je commence à croire qu’il veut de l’argent -que je n’ai pas- mais arrivé dans un entrepôt de Frankfurt je finis par comprendre les conditions de ma providence.

Une vieille dame très bavarde nous accueille avec un sourire et des manières me laissant penser qu’il s’agissait sûrement d’une personne importante dans le milieu. Elle me raconte des histoires, rigole toute seule, à plusieurs reprises je lui répète mon incompétence verbale à pratiquer sa langue mais cela ne changea rien. Arrivé à son âge, on préfère raconter les histoires plutôt que de les entendre ; distribuer coûte que coûte les derniers témoignages de son implication dans la grande pléiade des vivants. Poliment, je finis par me mettre à rire à mon tour, sans comprendre, ce qui amuse Steve, resté sérieux jusque là.

Il me fait signe de le suivre et nous descendons dans les sous sols. Je ne comprends toujours pas dans quoi j’ai atterri. À l’accueil, je vois une tonne de photos et d’articles encadrés, avec des acteurs et des personnalités plus ou moins connu d’une époque qui se fait lointaine. Puis nous passons par des salles remplies de couturières derrières leurs machines. Des tissus de toutes les palettes sont effilés en bandes sur les murs, le sol et les tables ; d’interminables cascades arc-en-ciel aux débordements tranchés par la lame aiguisée d’un ciseau. Les ouvrières de tout âge piochent dans les fragments du prisme et les assemblent avec une aisance qui force le respect. Par leurs gestes souples, elles transforment les percussions des machines en orchestre accompagnant un théâtre haut en couleurs. En traversant la grande salle, aucune ne prête attention à notre passage, obnubilé par la tâche qu’elles accomplissent avec une évidente passion.

Changement d’ambiance, nous traversons un couloir glauque éclairé par une faible ampoule, puis arrivons dans une immense salle de néons où s’enchaînent les étagères comme une bibliothèque mystique dont on en verrait point le bout. Quelle est donc cette cargaison que nous sommes venus chercher si loin, si enfoui. Nous en étions à un tel niveau de surréalisme, il aurait pu me montrer des ours en peluche ou des kilos de substances illicites que je n’aurais pas été surpris d’avoir franchi quelques pas auparavant la frontière entre la réalité et un film de gangster à la Nolan. Mais à la place il me montra : Des cages… Une vingtaine de petites cages entassé entre des étagères… Où s’entassaient à leur tour : Mitraillettes, pistolets, haches, épées, lances, gourdins, couteaux… Sur une autre : des fourrures, des animaux empaillés, des têtes de grenouilles, renards.. Bordel, dans quoi je m’étais embarqué..

2 commentaires sur « Chapitre 1 : Le Paris/Berlin d’un va-nu-pieds »

  1. C’est avec un immense plaisir et une certaine admiration que je lis le récit de tes aventures humaines décrites avec une sacré jolie plume. Ton épopée semble t’apprendre bien plus de choses que notre vie réglée comme du papier à musique par les cours ou la recherche d’une vie confortable.

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