Berlin Chillin’

Reprenons notre récit dans les caves de Frankfurt. (J3 et J4)

Parti de Paris en Va-nu-pied, je suis arrivé à Frankfurt trois jours plus tard avec la ferme intention de rejoindre Berlin sans dépenser le moindre centime.

Jusque à présent, j’avais vécu de mes quelques rations ainsi que de la générosité de mes rencontres. Et je n’ai manqué de rien. J’ai pu manger, boire, me reposer… Le tout très aisément. Un jour, un type me voyant de son balcon, est même sorti en courant de chez lui pour me donner tabac, nourriture, et eau, en annonçant que j’en aurai plus besoin que lui ; comme un soldat en direction du front.

Mais désormais, rien ne serait réellement gratuit. Les dons sont devenus monnaie d’échange moyennant un service, et je m’apprêtais à payer la première addition de mon voyage dans ce bric-à-brac saxon.

Notre cargaison était donc une vingtaine de petites cages vides, fixées au sol par des morceaux de bois et des clous, entreposées en fil indienne. La formation s’étendait au milieu d’étagères débordant d’armes et d’accoutrements de toutes les époques pouvant être témoignées par l’humanité.

Croyez-moi, j’ai eu le temps de me remémorer les scénarios de tous les films d’horreurs que j’ai eu la bêtise de regarder. Surtout quand Steve attrapa une gigantesque épée et se mit à éclater dans un rire sadique.

Je m’approchais des armes… Des répliques. Des accessoires conçus pour avoir l’aspect mortel de leur modèle, mais émoussés, sans munitions, démunies de leurs caractéristiques fatales. J’étais dans le deuxième plus grand placard à déguisements du cinéma allemand.

Steve travaille dans le montage des plateaux et louait du matériel aux grosses productions. Une des rares phrases qu’il m’a dit et que j’ai comprise :

« Tom Hanks is a good Guy ! »

Pendant plusieurs heures nous avons du nous démener pour détacher du sol, et porter ces lourdes cages métalliques jusqu’à son camion, écrasant nos phalanges jusqu’à faire rougir l’extrémité de nos doigts. L’industrie fait faillite, Steve, en bon négociateur, en a profité pour racheter cette cargaison de petites geôles à bas prix. Elles serviront sûrement de panier à déguisement sur les tournages.

Après mon travail, je fus autorisé à me balader dans les locaux poussiéreux pleins de souvenirs où, milles époques et fragments de scénarios sont entreposés sous la forme palpable de tissus et d’accessoires. Une bibliothèque de souvenirs, une salle d’archive du septième art, que l’on ne peut trouver qu’en se perdant. En regardant les plus belles pièces exposées sur des mannequins en résine, on en vient à se demander, quelle personnalité, icône, surhomme, les ont un jour portées dans l’unique but de nous faire voyager vers l’inaccessible, l’impossible…

De retour sur l’autoroute, nous consommons burgers et breuvages dans un bar routier miteux aux airs de mauvais saloon. Le festin est offert par Steve qui perdit 30€ sur les machines à sous par la même occasion. Apparemment, je n’étais pas une bonne patte de lapin. J’en profita pour boire quelques coups à l’œil, 11 heures de routes, c’est long.

Arrivé à Berlin, je n’avais aucune idée d’où j’allais bien pouvoir dormir. Les ponts passant au dessus du Sprée n’avaient pas l’air si sales. Et puis, ça ferait une belle histoire : un hobo à Berlin. Mais Steve dit une phrase qui me confirma la pureté de son cœur.

« My home is your home. »

Cette journée avait été plutôt bizarre, et je ne connaissais pas grand chose de Steve à cause de la barrière du langage. Mais cette journée avait aussi été fatigante. Le monde nous apprend que tout à un prix et l’on en vient à se méfier de la générosité des autres en se demandant qu’elles en sont les conditions. Pour des raisons de sécurité, je dois toujours faire preuve d’une grande prudence à cause de la manière délibérément précaire par laquelle j’ai choisi de transiter sur cette planète, pour découvrir l’envers de ses cartes postales. Mais comme je l’ai dis lors d’un précédent chapitre, je refuse rarement l’accueil qui m’est offert ; et je me tourne vers mon instinct quand vient le moment de soumettre une réponse. J’ai accepté le toit de Steve et ce fut l’une des meilleurs décisions que j’eus prise.

L’After Berliner (J4, J5 et J6)

Des motocross, soirées technos, de la cocaïne ; à l’entreprenariat et les salles de musculation ; Steve est le portrait idéal de cette transition culturelle nocturne du Berlin moderne.

Dans sa camionnette de fonction Mercedes, il peste encore quand les infos annoncent qu’une femme de ménage a mit la main, par hasard, sur 33 000 de poudre blanche qu’elle a rendu aux autorités.

« Quelle conne ! Elle aurait dû les garder ! »

Dans sa jeunesse, il faisait jusqu’à 25 free party par été ! Prenons en compte que cela dure entre 2 et 3 jours, si l’on fait la somme, on arrive à un résultat déconcertant : une saison entière à danser devant des caissons de basses assourdissants, perdus dans les forêts de pins, usines et anciens abattoirs désaffectés ; évidemment le tout dans un état à des miles de la sobriété. Mais à 26 ans, il raccroche tout et se consacre à la création de son entreprise. Il ne me dira jamais l’élément déclencheur, si il y en a un. Aujourd’hui, approchant la quarantaine, cela ne l’empêche pas de vivre dans un monde où deux semaines de dure labeurs sont synonymes de quatre jours de fêtes dans les îles espagnoles. Il a changé de tenue, arrêté certaines mauvaises habitudes. Désormais, il se délecte de bières allemandes, gins d’importation, compagnie féminine et pièces de viandes cuites sur des bbq haute gamme. Parce qu’apparemment, en Allemagne, on met autant d’effort dans son travail que dans la fête et la relaxation qui suivent de manière inhérente.

La matinée qui suivra mon arrivée dans la capitale, je suis réveillé par Steve.

« Today we go see motocross ! »

C’est à peine si j’ai le temps d’attraper mon appareil photo et mon carnet de note qu’on est déjà en route dans son audi décapotable vers les champs de courses. En chemin, il salue un passant sur trois, à croire qu’il connaît tout le monde. Arrivé, c’est le tapis rouge que l’on nous déplie. On rentre gratuitement, beaucoup de serrages de mains s’opèrent, puis on s’attable avec tous les experts de la région sur le sujet. Que des géants de l’autre côté du Rhin, tatoués, barbus, tous ont la dégaine de guerrier. Aujourd’hui c’est le championnat MX2 (ligues 2 des motos sports), nous sommes plongés dans une atmosphère de sable chaud, d’effluves d’essences et noyés sous des litrons de bières allemandes.

Le vrombissant pétardage des moteurs annonce le départ de la première course.

« -On y va pas ? demandais-je à Steve

If you want but..its the Kids.

-Des enfants ? De quel âge ?

-I don’t know… 6 maybe »

Il ne m’en fallait pas plus. Des enfants de 6 ans sur un terrain de motocross boueux où les citernes et les pelleteuses avaient préparés une mixture infranchissable ; aux virages abruptes parsemés d’une dizaine de tremplins en terre se dressant sur le sillage… C’est impossible. À 6 ans, on apprend à faire du vélo, pas de la moto.

Jamais des enfants ne me distribueront pareille claque… Imaginez, des petits gnomes imberbes en armure, qui hésitent encore une fois arrivés à la fin de leur alphabet, assis sur des minuscules monstres mangeurs d’essence de 50 centimètres cube, roulant à 70km/h dans le bac à sable, se doublant, faisant des bons de plusieurs mètres ! Je n’ai ni peur, ni honte de m’en avouer incapable ; à leur âge, je me contentais d’un skateboard sur une pente à 5°.

Ce fut ensuite au tour des adolescents, un peu plus casse-cou, que leurs petits frères et sœurs, plus violents dans les dépassements, très certainement motivé par un plus grand appétit pour la victoire. Finalement, ce fut à celui des adultes qui, munis de leur talent et de leurs expériences semblaient léviter sur la boue, devenue poussière après leurs passages. Aux tremplins ils ne sautent pas, ils s’envolent. L’un d’eux prit même le temps de me saluer confortablement, installé à 8mètres du sol. Eux, ce n’est plus la victoire qu’ils convoitent, mais la gloire. La consécration de leurs prises de risque. Mais il y a peu de place dans les annales et beaucoup, comme Steve, ne se font pas rembourser les fractures.

Le soir, une fois de plus, la bière coula à flot dans cette campagne allemande qui semble rejeter la prescription d’eau. J’en profita pour poser la question qui me titilla le plus lors de cette journée : Mais que font les parents ?

« Ma fille {mon fils} est champion de motocross. C’est ma plus grande peur mais aussi ma plus grande fierté. »

Jérôme et sa fille Anna, 10ans.

Pendant que nous buvons entre adultes, elle est derrière le bar et le grill à faire le service. Non pas parce qu’elle est forcé de le faire -comme j’ai pu le voir dans d’autres pays, par exemple le Mexique, où certains enfants tiennent des stands à eux tout seul dans l’unique but de gagner leur vie- non, elle c’est parce que ça l’amuse tout simplement. Elle est la plus âgée de sa fratrie et ici elle connaît tout le monde. Pas étonnant, elle vit dans la caravane juste à côté. Ses parents ont tout plaqué pour vivre pleinement de leur passion, et donné un maximum de chance à Anna de s’entraîner. Après les courses elle nettoie la moto de papa et inversement. Après les devoirs c’est bricolage de moteur. Après les classes c’est le circuit.

« -Qu’est ce que tu préfères dans les courses de moto ? je lui demande.

-Les bosses ! » me répond-elle fièrement.

Inutile de vous rappeler que l’on parle de tremplins qui font plusieurs mètres de haut.

 » C’est dur de la voir prendre un départ. Mais je ne la force à rien. Ce sont ses rêves et elle ne s’imagine pas faire autre chose de sa vie » rajoutera son père.

Vincent et Michael (17ans)

Vincent est l’un des deux pères avec qui j’ai eu l’occasion de longuement parler. Il vient d’un milieu plus élitiste que Jérôme. Grand avocat, divorcé, il se consacre pleinement dans l’activité de son fils pendant le peu de temps libre que lui accorde sa profession. L’investissement est colossal : Des voyages tous les week-ends, bricolage, entrainement… Et économiquement, il faut compter entre 20 000 et 30 000 euros par an en plus du support des sponsors. Car au final, dans le sport automobile « c’est souvent une question d’argent » mais : « la motocross est un des rares sports qui ne dépend pas que du portefeuille mais aussi des capacités physiques et mentales du conducteur. N’importe qui peut acheter une moto bas de gamme et concourir mais seul quelques-uns sont capables de la conduire correctement. La différence ne se fait pas dans le moteur, car le terrain n’offre pas le loisir de l’utiliser pleinement. C’est les décisions du pilote qui font toute la différence. » Il sait de quoi il parle, son fils appartient à une écurie prestigieuse : Les Kauzacs. N’étant pas au courant, Steve m’apprendra plus tard que je venais de parler à une sorte de rockstar dans le milieu.

Vincent ne conduit pas, sa passion c’est à travers le sourire de son fils qu’il la vie. L’a t-il pousser à suivre cette voie ? « Non » . Est-il inquiet : « toujours, évidemment » . Des blessures, à des différents niveaux de gravité surviennent régulièrement (fractures des côtés, des poignées…). Mais il a confiance en son fils et en ses capacités, il le sait capable de ne pas les dépasser. Il espère un grand avenir professionnel pour lui dans la moto. Cependant il comprendrait si un jour celui-ci souhaiterait arrêter, tout en ne croyant pas une seconde que ce jour viendra. Car en Allemagne, c’est chacun son adiction, stupéfiants et fêtes électroniques, dopamine et salles de musculation, adrénaline et volants…

Malheureusement le temps me manque et je ne peux pas me permettre de m’attarder plus longtemps sur le sujet. Je me conterai de dire, qu’une fois de plus j’ai découvert une grande famille de la route, unie par la même passion dévorante de l’asphalte, des dunes et du pneu.

Il se fait tard. Tout le monde rejoint sa caravane. Steve et moi rentrons au bercail. En chemin nous ferons halte dans le restaurant vietnamien de l’un de ses amis. Derrière le store fermé, nous discuterons autour d’une délicieuse salade thai au poulet et à la sauce mangue. Oubliez la choucroute et les saucisses, en Allemagne j’ai plus mangé asiatique que cuisine traditionnelle. C’est comme ça à Berlin.

Dimanche, encore réveillé par Steve. Il a traîne ma gueule de bois jusqu’à sa décapotable pour visiter la capitale.

« It’s the only true way to see it. » me dira t-il autour d’un café italien.

Que vous dire de Berlin qui n’a pas déjà été dit ? Je ne vous ferais pas une centième description de la ville, il en existe déjà des très biens écrites. Et pour être honnête, je l’ai vu en flou, combattant la migraine sur le siège en cuir d’une audi… J’ai passé sans aucun mal le légendaire checkpoint Charlie où des acteurs ont remis l’uniforme pour les touristes venus voir les fragments de ce mur qui divisait l’Europe il n’y a pas si longtemps. Ce dernier est devenu un havre de paix où s’exprime l’imagination des artistes ivre de fraternité, qui, par les couleurs proclament un cesser le feu universel. L’imagination est un outil fascinant, surtout quand elle porteuse de message. Il y a beaucoup de formes d’utopies dans Berlin. Des sanctuaires où l’on vient se perdre entre les peintures et les sculptures d’un autre monde : Boîtes de nuits, musées d’arts modernes en plein air… Je me rappelle un panneau « Berlin LSD (Love Sex Dream) ». Je pense que c’est tout ce qui peut être dit de cette ville qui semble trouver tous les moyens imaginables d’oublier sa tragique histoire.

Nous avons déjeuner dans une cuisine ouverte thaïlandaise qui a élue illégalement domicile dans un Park depuis 2006, maintenant tolérée par les autorités ayant perdu le combat de l’expulsion. Un petit marché ouvert sur les pelouses où l’on se retrouve projeté sur l’autre continent. Les citadins de tout horizons se retrouvent entre les stands pour dorer au soleil avec des cocktails fruités, pour humer les nuages graisseux de vapeurs et d’huiles, et se régaler en savourant de délicieux plats épicés. Des grand mère vous préparons avec le sourire et une miticuleuse expérience, ces recettes que leur a transmise.

Changement de décor et retour en Europe. Le soir même, nous furent invités à un bbq avec des 100% Berlinois dans la ville de Postdam. Une calme bourgade au Sud de la périphérie. À peine assis sur un banc en bois fait main, en dessous d’étagères de jardin en planche de snowboard et de skateboard recyclé, on me proposa des petites bouteilles de liqueurs de pommes qui se gobent une fois secouée et frappée contre la table, très populaire dans le pays, mais je n’arrive pas à retrouver leurs noms. Dans un machisme inconscient, Steve me chuchotera que « C’est un truc de femme. » Et bah si tel est le cas, les femmes allemandes ont bon goût.

Pendant que de merveilleux morceaux de steaks rougissaient sur le feu, jutant sur le sel d’Himalaya, le poivre pakistanais et l’ail du jardin ; et que les patates dorées au four dans les herbes, le cheedar et la crème ; il n’y avait pas de cacahuètes dans le bol destiné au grignotage qui se fait dans l’attente. Pour accompagner l’apéritif, nos hôtes proposaient une substance poudreuse, blanchâtre, illégale, qui a assaisonnée les nuits et le nez des capitales allemande depuis les 90’s. J’avoue avoir été très surpris par la banalité qu’ils éprouvent à offrir ce genre de service à leurs invités.

Steve et moi-même nous contentions de bières qu’il m’apprenait à boire « comme un allemand », en m’expliquant toutes les règles sociales caché derrière la consommation, variant d’un pays à l’autre, et nous observions le « stupéfiant spectacle ».

Laissez moi vous dire ceci : La drogue n’est pas un bon moyen de transport, ni une belle opportunité de voyage. Pour le même tarif, il existe des trains, bus, avions qui vous emmèneront dans ce que votre esprit n’a même pas encore eu l’audace d’imaginer. Des voyages aux sensations plus pures, mémorables et sans conditions temporelles.

À nombres d’occasions, j’ai été témoin de la noirceur et la stupidité qui émanent de chaque être tombé dans ses filets, comme beaucoup d’autres ont pu l’être, la chose n’est pas anodine, elle est partout, dans toute les sphères sociales. Mais je ne suis pas là pour juger. Cet opinion est le mien, libre à vous d’epiloguer sur le sujet. L’addiction est une maladie reconnue reflétant l’état actuel de nos sociétés. Un mal qu’il faut comprendre et non juger. Et je n’ai pas assez de connaissances sur le sujet pour me permettre de m’y attarder, et surtout, d’avoir l’audace de vous prêcher de mauvaises paroles à son encontre.

Mais la scène était franchement irréelle, même sobre comme je l’étais. Allongé sur un transat en bambou, au bord d’une piscine désormais habitée par des carpes koï, nageant à l’ombre d’un buisson de Marie Jeanne. En face de moi, un homme joyeux qui me proposera toute la soirée de manger sa boîte de clou préféré, (et il en avait vraiment une avec lui) et prendre des selfies avec son permis de conduire… Comme je vous ai déjà dit : en Allemagne chacun son issue de secours, sa démangeaison… Comme partout, les Hommes ont généralement besoin de rajouter quelque chose d’autre à leur café pour se donner une raison de se lever le matin.

Le soir, en allant me coucher, mes rêves dansent avec mes souvenirs. Je suis heureux d’avoir déjà tant vécu, autant rencontré. Mais ma route me manque terriblement. Il était temps de retourner à ses côtés. Voir jusqu’où, et qui, elle me conduira.

Mais le destin en décida autrement. Il me frappa de son glaive. Le lendemain je serai malade. Grippé comme je l’ai rarement été. Debout dans la pluie, le froid ; éclaboussé par le courant d’air des véhicules indifférents à ma présence, et témoin d’un tragique accident, à attendre une voiture qui n’arrivera jamais…

Berlin ne voulait pas me laisser partir, et je ne lui en voulais pas pour ça. Pour la quitter j’ai dû me donner corps et âmes en travaillant au black sur des chantiers, en longeant en vain des kilomètres de périph, traverser fleuves et lacs … Mais ça c’est une autre histoire.

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