Les sentiers du soleil couchant (deuxième partie)

Lituanie (suite)

Pour quitter Vilnius, j’ai tranquillement longé le ruisseau de la vieille ville. Le premier amendement de la constitution lituanienne est particulièrement poétique au sujet de ce dernier :

« Tout Homme a le droit d’habiter près de la rivière. Et la rivière a le droit de couler près de l’Homme. »

La vielle ville, ce petit bourg de la capitale, c’est un petit village comme on se les imaginait en écoutant les comtes avec lesquels nos parents nous faisait rêver. Des bâtiments en pierres où résonne encore les échos des temps féodaux. Des rues étroites et leurs ombres rafraîchissantes ne parvenant guère à ternir les chaleureuses couleurs des banderoles. Des petites boutiques aux milles mystères. Des tavernes où la boisson et les conversations débitent en flot continue. Des petits ponts en pierre qui pourraient être la maison d’un troll que les anciens invoquent dans leurs discours pour effrayer les enfants les plus dissipés. Et des buissons épineux, de parfaites cachettes pour les papillons et les farfadets…

Pour ajouter une dimension sacrée à cette peinture, le pape est là. Le roi des chrétiens a eu la même idée que moi ce week-end. Il parcourt les pays Baltes et leur capitale pour rencontrer ses habitants. À la différence que je ne leur jetterai pas de l’eau magique dessus, ni ne les étoufferai d’encens. Cependant, il se peut qu’il les assomme de longs discours. De plus, dans le confort de son jet, il fera en 3 jours ce que j’accomplirais en 20. Quand deux milliards de personnes nous louent, difficile de vivre en ermite.

Un impressionnant protocole de sécurité est mis en place. En effet, si autant de personne aime un homme, on ne peut éviter qu’un certain nombre viennent à le haïr. Le principe de dualité n’échappe pas aux religions, même les plus pacifistes. Je croise par hasard plusieurs membres du gouvernement au détour d’une rue, préparant l’arrivée de sa papoté. Costume sur mesure et 4×4 à vitres teintées, on est bien loin des petites chapelles en pierre et de la toge froissée.

Il est beau de croire. Pour de nombreuses raisons. L’une d’elle étant que cela ça fait du bien aux architectes. Car la maison des dieux ne peuvent être semblables à celles des vivants. Il faut sculpter et ériger quelque chose qui s’inspire d’un autre monde que le nôtre.

Des gigantesques croix annoncent les églises aux toits gonflés comme des ballons de baudruche en or dont on est en train de tirer l’embout sans réussir à faire de nœud. J’ai toujours trouvé que les églises scandinaves ressemblaient à des châteaux pour le roi des bonbons.

Le reflet des rayons rasants du soleil ne ricoche guère longtemps sur le métal précieux des coupoles. Quand on vit dehors, on prend conscience des apparitions éphémères de ses éclats. De l’autre côté de la fenêtre, il suffit d’en entrevoir un seul pour faire de cette journée une ensoleillé. Mais à l’extérieur de la vitre, on ressent le passage de chaque nuages, comme le bruyant passage d’un train, ils ne peuvent être ignorés.

Il pleut. Une pluie qui ne cessera de me tourmenter pendant les semaines à venir ; imbibant mes affaires et rongeant la toile de ma tente ainsi que ma patience. Désormais, il n’y a plus qu’elle. Elle, et la route goudronneuse d’une autoroute vide, disparaissent dans les champs. Cette pluie se présenta comme un tourment sans fin qui me fera oublier le temps qui passe, m’enfermant dans un éternel présent, condamner à errer, mouillé sur cette même ligne droite qui semble s’étendre à l’infini. Il me tardait de trouver réconfort et chaleur auprès des braves et des oubliés.

Mais pour l’instant, il n’y a ni toits ni amis, il n’y a plus que cette pluie, la route, et moi. Pas de civilisation prévues avant Riga, capitale de la Lettonie. Puis, ce seront des jours sans fin à longer les plages désertes et glaciales de la tumultueuse mer Baltique pour rejoindre l’Estonie.

Les seules traces de vie chantent dans les arbres, barbotent et nagent dans les cours d’eau, ou, sont à l’abri dans les petites cabanes d’un rose pâle, jaune usé, bleu déteint et écaillée. Trop loin pour que je prennent le risque d’allonger encore plus ma sortie de ce purgatoire aqueux.

S’hydrater ne sera certainement pas un problème ici. En plus de la pluie, il y a toujours ces vieux puits comme je me plaignais de ne plus croiser en France. Elles sont à l’entrée des granges rustiques, faites main, où toute la famille se réunit entre deux tracteurs pour trier les patates sous le regard attentif des poules.

Ma quatrième nuit en Lituanie, je pose ma tente au bord d’une rivière -comme si je n’en avais pas assez de l’eau-. Il y avait là, une auberge qui fermait ses portes. Un couple embalaient les derniers cartons et avait besoin d’aide pour finir les fonds de bouteilles du bar. Le soir, nous buvions liqueurs de mûre, bières à la cerise et Vodka locale, en grignotant des tomates, des concombres et des œufs durs, avant que les propriétaires repartant trouver meilleur gagne-pain en ville. Nous eûmes une longue et sympathique discussion sur le voyage, qui inspirera mes futurs écris.

La nuit suivante, un homme au ventre proéminent m’interpella. Fasciné par mon apparition soudaine, il appella son fils en guise de traducteur pour comprendre les raisons de ma présence sur ses terres. Suite à cela, il me proposera de dormir dans son verger à côté d’une vache enchaînée par des maillons reliés à un pieu planté dans le sol. Ma voisine meugla de tout son cœur à l’idée d’avoir de la compagnie. Nous observions ensemble le coucher du soleil, quand un vieux fermier arriva à vélo avec son chaton tacheté de noir et de blanc dans le panier avant. Il se mit à traire sa vache et l’innocent chaton attendit sagement son bol de lait qu’il était venu quémander. Une scène simple rendu magnifique par les lueurs rougeâtres et braisées du crépuscule.

Le lendemain, je me réveille en sursaut dans un cercueil d’eau. Tout est trempé. Mon tapis de sol flotte sur une fine flaque et mon sac est un îlot en perdition. Ma tente résiste de moins en moins à l’humidité, une situation critique qui ne va faire qu’empirer sur le long terme. Heureusement que ma copine la vache m’avait réveillé avant qu’il soit trop tard. Une alarme naturelle campagnarde des plus efficaces, car aucun bouton ne pouvait la faire taire.

Je mis mes affaires à étendre sous un préau en bois, une sorte de salle à manger estival pour les habitants du village. Une femme me regarde avec une curiosité devenant au fil de son inspection de la pitié. Elle me pris par le bras et me traîna jusqu’à son chalet. Je suis invité à prendre le café chez elle avec 3 autres drôles de dames. Elles m’offrirent une délicieuse part de tarte aux pommes du verger où je venais de dormir, parfumée à la cannelle.
Dans leur cuisine, elles rigolent entre elles en lituanien. Je suis un drôle d’Alien (ou OMNI : Objet Marchant Non Identifié) venu briser leur quotidien. Le premier de mon espèce qu’elles croiseront dans la région.

La cuisine est ancienne. Un ragoût mijote éternellement dans une casserole que je jurerais d’avoir vu à la réception d’une gouttière la veille.

La mère et ses trois filles ont bien vécu. Elles sont les dernières d’une fratrie de huit. Certains sont morts, d’autres perdus de vue. Il y a un mari quelque part dans les champs, je n’arrive pas à savoir laquelle en à la charge, et il y a aussi un petit fils, parti pour une vie plus citadine. Pas facile quand on est jeune de rester dans la campagne une fois que l’on a allumé sa télé.

Quand elles apprirent mon âge et mon projet, elles se mirent à prier. L’une d’elles me traita de fou ! Les autres coururent vers la grange pour me rapporter du pâté de gélatine parfumé à la menthe, un morceau de bœuf composé à 99% de gras, des cornichons, des tomates, des biscuits, des œufs durs, du pain de seigle… Elles me forcèrent à manger et transporter le contenu de cet énorme sac pour prendre des forces. Je fus très touché par cet instinct maternel avec lequel elles me couvrirent. Par politesse, bien que cela ne collait pas avec mon régime et rajoutait un poids supplémentaire dont j’aurais vraiment pu me passer, j’acceptai tout de meme leurs généreuses contributions à cette aventure.

Elles me dirent au revoir comme si j’étais leur petit fils, et je disparus en leur promettant de bien me nourrir pour affronter le grand froid hivernal. Une promesse qu’elles me firent répéter plusieurs fois.

Après cela, je perdis à nouveau de vue les humains. Je suis condamné à marcher. Aucune voiture ne passe par ici. J’aime ça. C’est ce que je voulais. Le calme, la douce mélodie du vent. Des bottes de foin abandonnées depuis si longtemps qu’elles ont recommencé à germer. Pas d’issue de secours il n’y a qu’une direction et cette mission qu’est celle d’avancer. Le temps passe à nouveau, la pluie se calme, et j’approche enfin de la frontière.

Désormais, je prends des bus pour les traverser. Car personne n’ose prendre le risque de me transporter à 50km du contrôle. Mais surtout, après une semaine de marche, sans la moindre trace de savon, je n’inspire confiance à personne.

Lettonie.

Mon passage à Riga fut bref. Je n’avais pas grand-chose à y faire si ce n’était de racheter des vivres et prendre une douche. Je repris la route dès que j’en eu l’occasion. Je ne suis pas une très bonne compagnie dans les hostels, et après une bonne dose de route je ne peux plus m’en passer.

Je ne suis pas un « hosteler » classique.

Tout d’abord par ce que je pue, ce qui fait de moi un paria. Aucun déodorant au monde ne camouflera des semaines de marches et de nuits sous la tente. Même une fois laver comme un sou neuf. Il y a encore les chaussures nauséabondes, le linge salle, l’odeur fumante de feu de bois… La lessive à deux euros permet de continuer à les porter mais pas à les rendre inodores.

Ensuite, mon budget me pousse à choisir les moins cher. Donc oubliez la population jeune et ouverte d’esprit avec des petits tatouages de mape monde à la base du pouce et un lonely planet dans la poche. Et oubliez les sorties dans les lieux touristique, les pubs crawls et autres, pour lesquels je n’ai aucun intérêt.
Cela ne m’empêche pas de faire des belles rencontres. Et évidement, j’exagère il y a des camionneurs, comme des cyclistes, des pompiers comme des touristes. C’est juste des endroits que vous ne verrez pas sur Instagram avec un #BestHostelEver.

La meilleur chambre avec vue restera toujours ouverte et gratuite sur la route. C’est pourquoi j’y retourne au plus vite.

J’ai d’abord suivi la voie ferrée jusqu’à enfin entendre le chant des mouettes. Je ne pouvais pas me douter qu’ils se présentaient comme des oiseaux de mauvais augures.

En m’accroupissant pour passer en dessous d’un arbre me bloquant la voie, je fis un faux mouvement du genou. Il y eu un grand crack ! Qui me propulsa contre le sol. Je restai quelques minutes sans bouger. Ne pouvant rien faire d’autre que constater ma douleur.

Je ne savais pas vraiment ce qu’il m’était arrivé, mais une certitude demeurait, je ne pouvais pas m’arrêter. Alors, je me suis relevé et j’ai continué à avancer en boitant jusqu’à un impressionnant chantier naval.

Comme les ampoules, la friction des sangles du sac contre le dos, la fatigue, et tous les autres maux de mon corps me suppliant d’arrêter ce que j’étais en train de lui infliger, mon esprit atteint un point de rupture qui me permis de passer outre. Je m’accoutumais à cette nouvelle douleur venant s’ajouter à la liste.

Il y avait là, pleins de baraques de pêcheur. Mais seulement une barque était de sortie dans le lagon. Un Grand père pêchant avec son petit fils dans un marécage sur un vieux pneumatique. Une scène simple, mais touchante. Réveillant les souvenirs de notre enfance. Le banal est souvent intimant lié à la béatitude et aux petites simplicités de la vie qui viennent à nous manquer dans les moments difficiles. On passe sa vie en quête de nouveaux souvenirs épiques faisant concurrence aux précédents. Mais ce sont les petits flashs des temps candides qui ne nous quitteront jamais.

Ma jambe gauche me faisait tout de même terriblement souffrir sur la nouvelle surface que j’arpentais. Un mélange boue/ sable absorbait ma semelle m’obligeant à tirer sur le genou dans le but de l’extraire de cette glue.

Le poids du sac n’aidait vraiment pas la situation, ajoutant toujours plus de pression sur le membre endolori. La douleur finit par s’amenuir de nouveau mais jamais elle ne me quittera.

Comme prévu, les nuits dans la forêt sont maintenant faites en compagnie des lynx et des loups. Mais près des voies ferrées que je suivais encore, je ne risquais pas de les croiser. Ces géants de fer sont des copropriétaires que les habitants de ces bois préfèrent fuirent et ignorer.

Mais mère nature a plus d’un tour dans son sac, et trouva quand même un moyen pour m’empêcher de tomber dans un sommeil réparateur plus que jamais nécessaire après cette douloureuse journée. En pleine nuit, je suis réveillé par un nouveau grand crack suivi d’une multitude d’autres et une percussion faisant vibrer le sol.

En vitesse, je suis sorti de ma tente. Là, je constatai qu’un pin d’une dizaine de mètres été tombé à quelques pas de la toile qui recouvrait mon crâne. C’est comme si la poisse passait son temps à me suivre sans pour autant me coller. Comme un sadique vilain ne pouvant se débarrasser de son éternel rival par peur de l’ennuie.

Évidemment, il pleut encore, encore et toujours. Tout est trempé. Je dois ajouter une nouvelle routine sur mon agenda : mettre mon matériel à sécher sur les branches d’arbres le matin. Je me rendais compte pourquoi c’était si « facile » pour Mike Horn et tous les autres aventuriers des temps modernes, qui nous prouvent qu’il n’y a pas de lieux inaccessibles en ce monde, et qui implantent des rêves d’épopées dans les esprits qui rêvent d’évasion : pas le même budget.

Qu’est-ce que je ne donnerai pas pour avoir une tente ultra légère imperméable et anti-vent à 5000 euros au lieu de ce bout de tissu qui atteint à peine la centaine. Ou des vêtements en goretex, kevlar, peau de phoque ou je ne sais d’autre.

L’inconfort qui vient avec l’humidité s’installe, et moisit dans mon esprit. Avant d’enfin rejoindre la plage pour de bon, tous les 10 kilomètres, je croise un panneau publicitaire d’hôtel avec une icône de lit, de douche et de feux. Des vilaines tentatrices ! Mais je ne succomberai pas !

Arrivé au bord de la mer Baltique dans le bassin de Riga, ce fut une étape décisive pour le moral. Je repense à cette phrase qu’une navigatrice suédoise m’a dite un jour :

« Toute notre vie on doit faire des choix, où aller, quoi faire, qui voir. Et avec ces choix, viennent obligatoirement des regrets.

Quand on est sur l’océan, il n’y a plus de décisions à prendre. On sait où on est aujourd’hui, où on sera demain, dans une semaine… On oublie le passé et le futur pour se consacrer sur le présent. »

Je lui ai répondu que si un jour l’on me demande pourquoi je suis sur un bateau au milieu du pacifique, j’aurai pour seul réponse son prénom.

La nuit sur la plage, bercé par la houle et les vagues, je suis réveillé seulement au petit matin par le picotement des embruns, et l’absence de pluie, juste à temps pour voir les premiers rayons du dieu Ra. J’oublie enfin tous mes problèmes.

J’écris une lettre disant à ma petite sœur les mots suivants. Ou plutôt, voilà le résumé de ce que je lui disais. Je me garde de lui enlever l’exclusivité des paroles qui lui sont destinées.

Évidemment, sur la route on vit beaucoup de moments difficiles. En proie à la faim, la fatigue, le froid. Mais aussi et surtout, il y a la solitude.

Mais il y a quelques moments, comme lors d’un splendide coucher de soleil sur l’horizon marin, ou durant les nuits étoilées dans les montagnes, ou encore plongé dans un fabuleux paysage sauvage, désertique et silencieux, où l’on oublie tous nos fardeaux. Car on se rend compte dans ces rares instants de clairvoyance, qu’il reste encore tant à voir et à expérimenter, et surtout, que l’on n’est jamais véritablement seul…

« On n’est jamais vraiment seul petite sœur. On oublie juste parfois ceux qui nous attendent : Ce qui nous aiment et que l’on connaît. Et ceux qui attendent patiemment que l’on vienne à leur rencontre. »

Un matin comme celui-ci après l’orage, assis à boire mon café dans le sable humide d’un bassin du grand nord, fait partie de ces épisodes qui me rappellent que tout ça en vaut la peine.

Et puis après, quand vient le moment de décamper, c’est la même chorégraphie qui commence : Premièrement, sortir maladroitement du sac de couchage comme un asticot, sans se tremper en faisant vibrer la toile. Si par malheur je la touche, une pluie de condensation froide s’abattra sur moi. Puis, il faut mettre les chaussures sans perdre l’équilibre et écraser la terre humide avec ses grosses chaussettes en laine jusqu’à les imbiber d’eau. Après, il faut courir vers les arbres ou la mer pour pisser devant les oiseaux. Une étape importante, car le corps concentre ses efforts à garder le contenu de la vessie à la même température que le reste de l’organisme au lieu de se concentrer sur les extrémités. Pour la même raison, même si cela est un horrible moment à passer, il ne faut jamais se retenir quand vient un besoin pressant la nuit, vous risqueriez l’hypothermie. Une fois le réservoir vidé, il faut le remplir, on se rend rarement compte qu’en se réveillant notre corps est déshydraté. Se mettre un bon coup d’eau sur la figure, ça vaut 10 tasses d’arabica. Vient le moment de s’habiller chaudement, remettre les couches enlevées la nuit pour éviter de ne plus sentir la différence entre l’intérieur et l’extérieur de votre abri.

En même temps, je mets de l’eau à chauffer pour le vrai café, important pour le moral. Comme toute les autres source de chaleur ingéré. En attendant l’ébullition j’étends le matériel pour que la brise matinale le sèche, évitant ainsi la moisissure et surtout le poids supplémentaire des gouttes. Il est venu le moment de boire mon café, quelques fois accompagné d’une barre de céréales. Je déjeune en étudiant la météo et l’itinéraire du jour. Mais ça ne dure pas longtemps, difficile de se perdre sur une plage, il suffit d’aller tout droit. Dans le sable, une grande ligne divise l’étendue de roche broyée et affinée par la marée : mes pas.

Je fais aussi un bilan des pertes depuis mon départ : deux paires de chaussures fichues, plus de ceinture, tente trouée. Piqué cassé, réparé temporairement au scotch industriel (qui ne me quitte jamais). Il y a ensuite cette saloperie de Gourde décathlon. La marque a changé l’embout pour un design plus vendeur. Impossible de l’attacher correctement au sac. Mais ce n’est pas ça le pire ! En heurtant un rocher, ma gourde s’est ouverte et déversée sur mes affaires. Je n’eus plus d’eau potable pendant 24 heures avant qu’un brave journaliste qui avait une maison sur ma plage me donna de l’eau de son puit, en plus de m’apprendre à jouer aux fléchettes de compétition. Un sport qu’il était chargé de commenter.

Pour revenir au matériel, toutes mes paires de chaussettes moisies et puantes sont bonnes à jeter. Le tapis de sol est en perdition. Le sac de couchage déchiré au niveau du cou. Les sachets de soupe ont pris l’humidité. Le faible reste de fruits à coque me laissera bientôt sur ma faim. Je n’ai plus de carrés de chocolat, important apport calorique et soutien moral vital. J’ai aussi perdu mon coupe ongle, et ces derniers s’enfoncent dans ma peau. Et puis il y a ma montre aux abonnés absents, je n’ai donc qu’une brève idée du temps qui passe… De toute manière les chemins de l’esprit offrent des réflexions qui mettent le voile sur les grands tic-tacs cosmiques.

Par exemple, je suis fasciné par l’idée que ces derniers jours, j’ai été ma seule et unique source de chaleur. Comme un petit feu fragile qu’il faut conserver. Ce genre de réflexion occupe une grande part de mes journées. Mais le soir, j’ai d’autres soucis.

Comme une nuit sur la plage, où je suis réveillé par un feu de détresse qui explose à quelques mètres de ma tente. Mini crise cardiaque. Il fait noir, je pourchasse des ombres dans la nuit en vain croyant être le sujet d’une mauvaise blague. Un orage arrive et je n’ai toujours pas retracé l’origine de la flamboyante détonation. Je me résous quand même à dormir sur place. Peut-être des sauveteurs en manœuvre ?

Le lendemain ce sera encore un coucher de soleil sur Sunset Bay, mais cette fois ci, enfin… Plus de pluie !

Pour l’occasion, j’ai pris une petite flasque de Vodka locale. Je la sirote devant le coucher de soleil en travaillant mes notes. Puis, ce sera une soupe, un carré de chocolat et un bon dodo, rassuré à l’idée de passer une nuit au sec.

Comme je l’ai déjà écrit, j’ai perdu ma ceinture devenue trop petite. C’est la deuxième fois que j’en romps une en cuire avec la simple friction de la marche. Oubliez vos régimes, pour la première fois depuis longtemps, ma brioche disparaît, mes pantalons s’élargissent. Même mes t-shirts et pulls commencent à flotter.

En équilibre, avec un sentiment de légèreté sur les rochers, je saute prudemment de l’un à l’autre comme un enfant jouant à une dangereuse marelle.

J’arrive à un vieux phare reconquis par l’océan. C’est là que se produit l’épisode de ma gourde ainsi que cette rencontre avec un journaliste Lettonien dans sa cabane de vacances.

« Tu as de la chance je suis là dernière maison avant des dizaines de kilomètres et je n’étais même pas sûre de venir ici » me dit-il autour d’un café.

Je me fis un feu, et mangeai des pâtes au beurre fournies par la maison. La nuit des bêtes sauvages que je n’arriverai pas à identifier rodait autour de ma tente. Et les goûtes revinrent s’écraser sur mon abri. La clairière dans cette forêt de nuages s’en était allée. La pluie fit son violent coming back.

Estonie

Pluie et encore pluie. Cela va faire maintenant presque deux semaines que je n’avais pas dormi dans un lit, ni goûté à du chauffage…

Le lendemain la météo annonçait sans surprise, 24h de pluie non-stop. J’arrive à rejoindre une ville à 20km après la frontière estonienne, tiraillé par les vents grêleux, je pose ma tente dans une forêt de sapins à quelques pas de la mer. Et mange des produits kalorique on ne peut plus mérités, acheté dans une supérette. Bière, chips, pain à l’ail et carrés de chocolat.

Ma tente est maintenant trouée de partout, tous les matins je me réveille dans une piscine. Je dû même recycler une bâche de jacuzzi pour réparer ce qu’il en restait. Le sac de couchage gonflé tel une éponge glaciale.

La lune était bien haute quand je du courire me réfugier dans un chantier où je dormis dans des toilettes portables, qui tremblaient avec le vent. C’est à peine si j’ai fermé l’œil de la nuit.

Le lendemain n’ayant plus de tente étanche, la pluie encore annoncée toute la nuit avec vent violent, je passais la nuit dans une petite auberge, bien mérité après une dizaine de jours sans douche et à boire de la soupe.

De plus, etant dans une réserve sauvage, le camping était strictement interdit. Je demandai quand même, par fierté, défi et aussi par souci d’économie, si je pouvait mettre la tente dans le jardin. La réceptionniste me répondit « Non, car on n’a pas de femme de ménage » allez comprendre.
J’eu tout de même me droit à une chambre confortable et entièrement équipé, pour le même prix qu’un morceau de gazon où planter mes sardines.

À Pärnu, en Estonie, cela faisait un mois depuis mon départ de France. Je m’en suis même pas rendu compte. C’est ma mère qui me l’a rappelait quand j’ai profité de cette étape pour appeler ma famille. J’avoue avoir perdu toute notion du temps.

Quand je suis arrivé à Tallin, un problème monstrueux m’attendait : aucune trace de mon passeport.

La compagnie de transport (hm hm.. DHL) avait perdu sa trace. Il avait pris l’avion pour l’Océanie. Au lieu de sagement m’attendre en Estonie.

Bloqué aux portes de la Russie. Le Transsibérien partit sans moi.

Mon Visa expirait. Le voyage s’annonçait fichu. Mais je n’avais pas dit mon dernier mot !

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