120 Heures Pour Traverser la Sibérie.

En manque d’inconfort.

Il est fort étrange comme la morsure du froid, la démangeaison de la crasse, la douleur de mes muscles, viennent à me manquer.

Il y a quelques jours, nous échangions avec des collègues voyageurs, ces promesses que nous faisons à notre corps sur la route. Cette fameuse phrase qui nous hante à chaque kilomètre, à chaque pas posé sur le sol sauvage : « Quand j’arriverai je…. ». Il est souvent question d’eau chaude, de savon et de nourriture. Des mirages obsessionnels que l’on se figure au-delà de l’horizon. Cela nous donne la force d’avancer, mais aussi engendre le risque de reculer.

L’inconfort est une gueule de bois. Un sentiment désagréable qui survient le lendemain d’une soirée ou d’une journée épique. On se promet dans la souffrance d’adhérer une bonne fois pour toute au repos. Mais on rechute à peine le crépuscule passé. Parce qu’on aime trop ces cieux éphémères ou l’effort, la douleur, le sacrifice, et même parfois le regret, qui nous déposent.

Je déclarais à ces braves compagnons d’un soir, qu’une fois la douche accomplie, le ventre rempli, et d’autres de ces besoins primordiaux venant à manquer sur la route, comme celui de la chair et le repos de l’esprit ; une fois qu’ils seront assouvis, un vide se creuse paradoxalement. Les draps sont trop propres. Le quotidien trop facile. La monotonie dévorante ronge nos caprices jusqu’à ce qu’ils n’aient plus aucun goût. Quand on mange à sa faim, on est repus le temps d’un repas, et après cela, la vue d’une friandise suffit à nous écœurer, aussi abondante et délicieuse soit-elle.

Nous tombons tous d’accord sur l’idée que la route vient à nous manquer. Que tous ces rêves de chauffage et d’eau courante ne nous suffisaient plus.

Une fois que le nourrisson a appris à se nourrir, il ne veut plus qu’on lui tende la cuillère. Une fois que l’enfant sait rouler avec deux roues, il ne veut plus qu’on lui en rajoute deux autres. Une fois que l’adolescent a appris à se déplacer seul, il ne veut plus être materné. Et quand l’adulte apprend à compter sur lui-même, la moindre assistance est une insulte qui le renverrait vers les étapes de l’enfance.

Tout cela pour dire, que l’inconfort est un sacrifice consciencieux et nécessaire à l’indépendance. Et surtout, un chemin de terre bossu, le seul qui mène à la liberté.

Tous les voyageurs vous diront, qu’à leur retour, ils sont temporairement dans le même état d’esprit qu’un camé attendant le prochain shoot. Du moins avant de retomber dans la plus puissante drogue comateuse de notre génération : le confort et la sécurité de nos sociétés.

Car jadis, nous combattions les forces élémentaires pour la survie. L’arène naturelle de notre monde. Maintenant nous nous entretuons pour le luxe de ne pas avoir à se soucier d’un lendemain sans confort.

Alors, je suis venu à croire, que ne pas savoir s’il y aura une nouvelle aube, et de quoi seront faits ces épisodes s’articulant sous le projecteur solaire, c’est peut-être le seul moyen de vivre dans le présent.

Je n’ai plus peur de dire que je suis terrifié par la morosité du quotidien. Que quand mon calendrier devient prévisible, je suis malheureux. Ma définition du bonheur, je suis venu à comprendre qu’elle était logée dans l’inattendu et le mystérieux.

C’est pourquoi j’embrasse chaque mésaventure que le destin édifiera sur ma route. Comme une soudaine claque dans la gueule qui me rappelle que je suis en vie.

Cela étant dit, revenons en Europe, et à l’Estonie. Tallin, cette capitale où j’ai bien cru devenir fou dans l’attente de rejoindre la voie de mes issues. Ce lieu où j’ai bien cru que mon innocente odyssée moderne prendrait son terme…

C’était avant la Russie, et bien avant la Mongolie.

Tallin : Cul de sac et fond de bouteille.

Nous étions donc un vendredi 12 octobre 2018, et voici ma situation : Je n’ai plus de passeport, plus de Visas, presque plus d’argent. Je suis assis par terre à 20km du centre-ville de la capitale estonienne. Mon cul s’imbibait des résidus de pluie étalés sur le macadam humide d’un parking glauque d’entrepôt DHL. J’ai perdu des centaines d’euros d’un coup, un seul.

Après avoir franchi 8 frontières. Traverser autant de pays. Parcouru 3300km, où je n’ai que rarement eu à user de mes dépenses. Les portes de l’empire russe me sont violemment fermées au nez. Avec mes rêves de traverser le continent eurasiatique.

47 jours ! 47 jours de marche, de stop, de froid, de faim, de fatigue et de solitude. 47 nuits sous la tente, la pluie, le vent. 47 fois 24h où je n’ai jamais vu la même ville, parler à la même personne… Et tout ça pour que l’on m’annonce que je n’atteindrai même pas la première grande étape de mon aventure : La Russie.

L’idéocratie bureaucratique de nos temps modernes a fini par avoir raison de moi.

Imaginez-vous quel sentiment de honte parcourait mon corps alors que je rédigeais ces mots. Moi qui avais l’audace de me venter au monde que je traverserai celui-ci, et que rien ne pourrait m’arrêter.

C’était sans compter l’infranchissable montagne diplomatique ; plus glissante qu’un glacier, plus imprévisible qu’un fleuve, cette impénétrable muraille de paperasse, où aucun sentier n’offre de détours : Les Visas.

Rappelez-vous, à Vilnius, en Lituanie, j’avais dû envoyer mon passeport en France pour y faire apposer les coups de tampon officiels que l’on me refusait en pays Baltes. Le plan était simple, et l’on me garantissait qu’il serait sans faille. Il aurait dû, il devait, être là, avec moi, dès mon arrivée en Estonie. Mais il n’en était rien.

Et sans lui, impossible de continuer mon avancée.

Pour aller en Russie, c’est un guichet fermé, il faut prouver qu’on a les moyens d’y entrer, d’en sortir, et d’y loger. Une préparation qui s’est goinfré d’une bonne partie de mes économies.

Au même moment, un bus m’attendait pour Saint Pétersbourg dans la gare routière internationale. Le siège restera vide.

Dans 3 jours, un train sera en gare de Moscou. Il traversera la Sibérie sans moi.

Et dans 2 semaines, à Oulan-Bator, dans une auberge, un lit sera vacant.

Et moi où serais-je pendant qu’un vide prend ma place assise dans cette poursuite de l’aube, cet aller simple pour l’Asie ? Ou serais-je pendant que le peu qu’il me reste d’argent fondera comme neige au soleil sans que je puisse en jouir ? Assis sur ce parking de zone industrielle, je n’avais aucune réponse à apporter à ces questions.

Dégouté, je marche sans savoir où aller, car l’entreprise de livraison postale DHL a perdu mon passeport quelque part sur cette Terre… Et sans passeport, le monde est bien loin vaste…

(3 jours plus tard j’apprendrai qu’il est en Australie. « ton passeport a plus voyagé que toi » me dit la réceptionniste d’une auberge. Cela ne me fit pas rire.)

Je n’ai jamais réellement cru en cette force supérieure salvatrice que toutes les cultures humaines ont essayé de d’anthropomorphiser. Dans les moments difficiles, quand je tourne mon regard vers le ciel, je me sens bien seul. Même si à ma façon je trouve, sur le long terme, toujours un moyen d’entrevoir un éclat.

Bon, effectivement, quand la vie me fout un coup dans les reins, je passe un bon moment à faire la tournée des bars, cafés dansants, boîtes de nuit. J’ignore le jour qui m’a trahi, fonce vers les inconnues de la nuit. Je trouve des raccourcis vers l’euphorie en troquant une forme aventure pour d’autres. Avec l’aide de cet anesthésiant spiritueux me faisant oublier l’attente d’un nouveau départ.

Et puis enfin, je me relève, quand un éclat d’espoir se présente au détour d’un cul de sac crasseux dans lequel je suis en exil. Car parfois, ne pas avoir de chance est la meilleure chose qu’il puisse nous arriver…

Après l’épisode du parking, j’ai donc acheté une bouteille de Whisky. Autant continuer mon pot de départ avec la route. J’ai marché pendant 5 heures sans but. Désespéré, car il ne semblait y avoir aucune issue possible à mon problème, si ce n’était l’attente d’une réponse des autorités incompétentes. Il n’y a rien de pire que de confier ses soucis, et même son avenir, à des personnes qui n’ont aucun intérêt à vous venir en aide.

Quand la fatigue et l’ivresse commencèrent à me clouer au banc d’un parc, des jours avaient passé, mais je n’en avais vu que leur déclin. J’appris que mon passeport avait été retrouvé à Sydney, et je finis par accepter l’idée que jamais je ne serais à temps à Moscou. Bien que je récupérerai le passeport, le Visa ne sera presque plus…

C’est là qu’intervenu le premier éclat : un rayon de soleil. Le premier rencontré depuis plusieurs semaines. Il y en avait sûrement eu d’autres ; mais autour des tables de billard dissimulé par un épais brouillard de tabac, dans une cave à écouter les riffs d’un guitariste prometteur entre deux shots de vodka, ou dans les boîtes de nuit à essayer de comprendre entre l’obscurité et les flashs épileptiques du trombinoscope si les clients dansent ou sont possédés, on ne voit pas ce genre de chose.

Je laissai ce rayon me caresser la joue. Retour au présent, à la réalité.

Soudain, des enfants se mettent à jouer un adorable concert de trompette. Je reconnais les notes familières aux célébrations hivernales à venir. J’écoute ces jeunes talents avec attention les yeux fermés. Je suis enveloppé dans une réconfortante couverture de souvenirs autour d’un sapin. Je me lève, guidé par cet éclat et les mélodies qui l’accompagnent.

Puis au détour d’une rue, un jeune prodige de la guitare prend le relai. Il joue l’une de mes chansons préférées « Wake me up when september ends ». Nous sommes en Octobre, autant vous dire que c’était une bande son nostalgique qui ne pouvait pas mieux tomber pour accompagner ma situation. Lui aussi je l’écoute avec attention, quand il eut fini, je le félicite de quelques pièces et d’un hochement de tête.

Je marche maintenant dans le vieux Tallin, longeant sa muraille médiévale, accompagnée par les fragiles percussions d’un joueur de Hang, cet instrument d’un autre monde, qui se joue comme si l’on tapotait une rivière de cuivre et qu’il en ressortait des échos liturgiques.

Ainsi, le sourire me revint. Un plan A, B, C prennent forme dans mon esprit.

L’éclat est bel et bien au détour d’une de ces rues centenaires.

Il serpente le pavé des rues étroites. Grimpe les clochers. Et éclabousse les passants.

Non ce voyage n’est pas fini. Il ne fait que commencer.

J’ai un jour lu que la paix intérieure ne pouvait être atteinte qu’en refusant que des personnes ou des événements régissent nos émotions. Personnellement, je pense que c’est une belle connerie.

Accepter que certaines choses soient faites pour arriver, c’est accepter qu’on ne soit pas en contrôle de chaque aspect de notre vie. Que l’on ne peut pas anticiper toutes les issues du prochain carrefour, et celles qu’on devra prendre.

L’optimiste, ce n’est ni le naïf ou l’émancipé, c’est celui qui accepte que certains événements nous dépassent, nous échappent, et qui n’ignore pas leurs influences, mais apprend à passer outre, à ne pas se laisser devorer par le regret.

Voilà une dimension de l’aventure que je chéris : Anticiper chaque coup dur comme une belle histoire à raconter. Une étape qui nous prépare à la prochaine.

Donc heureux celui qui croit ! En lui-même, aux chimères de l’avenir, ou encore aux visages qu’il donne à l’ordre des choses. Heureux celui qui se relève ! Même après que ces derniers l’ont fait douter.

La Sibérie en 120h, retour du passe-muraille.

Quand j’eus enfin récupéré mon passeport, il ne me restait que 6 jours pour venir à bout de ma traversée de l’ancien empire soviétique. Je ne pouvais pas me permettre de dépasser le délai, ne serait-ce que d’une minute, sans risquer d’être arrêté à la frontière et d’avoir à payer une lourde amende. Les russes ne rigolent pas avec les règles qu’ils fixent. J’étais comme un Cendrillon en route vers son bal mongol. Le 21 à minuit, je devais avoir quitté le pays. Aucun compromi envisageable.

Heureusement, grâce à Christina, cette charmante dame russe de la compagnie ferroviaire, avec qui j’eus le doux plaisir de longuement converser au téléphone, et qui suivra mon histoire avec la plus confortant attention, je réussis à récupérer assez d’argent sur mon billet raté, et rédiger une feuille de route tiré par les cheveux, mais qui pourrait me faire traverser le pays en temps et en heure.

Sa douce voix fut un autre de ces éclats dont j’avais tant besoin pour ne pas perdre espoir. Et l’idée de ne pas être en mesure de voir les formes de son visage, les courbes de son corps, l’âge de sa peau, lui donnait cette dimension angélique, un murmure mielleux et lointain guidant l’égaré.

Enfin, mon passeport arriva. À peine mon saint Graal remis entre mes mains, je partis pour Moscou sans dire au revoir à Tallin.

Ainsi nous arrivons à mon parjure…

Si je fonde la base de mes ambitions sur mes rêves d’enfant, je peux une fois de plus trouver le réconfort dans les protagonistes de Jules Vernes. Certains ont eu le droit aux raccourci de la modernité, des sous-marins aux montgolfières, et ils ne se sont pas fait prier pour exploiter l’innovation de leur temps, et ainsi continuer à explorer toujours plus loin que la raison l’autorise.

Les difficultés rencontrées lors de cette traversée de l’Europe ont eu un impact sur mes convictions. La soudaine prise de conscience que des forces supérieures, incontrôlables, régissent indirectement mon destin, m’a permis d’apprendre à accepter le compromis. Accepter la défaite, sans pour autant perdre de vue l’objectif.

Il n’y a pas de honte à se parjurer, en se reposant de temps à autre sur la facilité. Surtout quand c’est la seule issue possible. Il serait plus triste d’abandonner par honneur, ou mentir par peur de perdre la face.

La voie des airs… bien que je l’ai tant dénigré et rejeté, elle peut être un moyen de voyager. Mais il ne faut pas qu’elle soit le voyage ! Le royaume des nuages ne varie pas entre Ushuaia et le Sahara. Il faut que cela reste un dernier recours, une brève étape.

« Survoler », c’est la malédiction d’apercevoir sans connaître.

Nous voilà donc arriver à mon aveu, il faut bien que j’en parle un jour ou l’autre… J’ai pris l’avion. Un vol interne pour rallier Moscou et Omsk. La seule solution pour pouvoir traverser la Sibérie et fuir à temps les nymphes de ses lacs. 1h30 dans le siège d’un monsieur tout le monde. Mais au moins, l’aventure qui semblait s’achever une semaine auparavant, reprenait de plus belle.

Et quitter une capitale la nuit par le haut, c’est comme décoller d’une station spatiale scintillant de milles feux dans un univers sans étoile.

Quand je sortis de l’aéroport de Omsk, pas plus grand qu’un stade municipal, le compte à rebours était lancé. 120 heures pour parcourir 3500 km parmi les plus reculés du monde.

Omsk

Je crois que la première fois que j’ai pris conscience que j’avais quitté l’Europe, c’est en inhalant cette brise froide, sèche et lourde de pollution m’attendant à la sortie de l’aéroport de Omsk.

Une atmosphère rigide et hostile, venue sculpté les traits burinés de ses habitants marchands au pas le long des trottoirs désaxés. Si les gens sont dehors, c’est pour une raison, pas le temps de flâner quand la température sibérienne approche de son paroxysme hivernal.

Je ne connaissais pas grand-chose de cette ville que le peintre Konrad Belov appelait « village de sa jeunesse ».

Je préfère lire entre les jets d’encre et les coups de pinceau avant d’arriver en des lieux exotiques et lointains. Car les photos sont des illusions de perfection, un angle fixe, un instant gelé dans le temps. Il manque le ressenti de l’atmosphère que seuls les arts plus anciens peuvent transmettre.

En voyageant dans les pays celtes, j’avais été dessus par les Dolmen, qui sont loin d’avoir la stature et l’aura mystique des photos publiées par les magasines.

Alors que Konrad n’avait fait naître aucune désillusion. Comme dans ses tableaux, la largeur de la rivière minimisait l’étendue urbaine. L’Om où flottait d’impressionnant morceaux de glace, voyageant depuis les terres plus hostiles.

J’avais le sentiment de dériver à contre-courant. Le climat n’offre pas le loisir de se perdre. Marcher, est uniquement envisageable quand on sait exactement où l’on doit se rendre dans ces régions. Mon visage anxieux, mes enjambées hésitantes, j’étais à nouveau un vagabond perdu, à la recherche d’une gare ferroviaire dans un pays où tout le monde sait exactement comment s’y rendre, sans pour autant avoir le temps et la patience de vous en faire part. De plus, ici personne ne parle l’anglais. Et je suis écrasé par l’omniprésence de l’alphabet cyrillique. Mon cerveau tentait vainement de le traduire, jusqu’à m’étourdir. Une tourista alphabétique.

Cependant, j’appréciais d’errer dans cette ville fantôme. Être déconnecté de la réalité en l’évitant au sein de ce nuage orageux.

Je me liais d’amitié avec un chauffeur autour de quelques Vodkas dans un bar louche. Il me déposa gratuitement à la gare où après une bagarre pour atteindre le guichet, je trouvais une place sur un transsibérien en direction de Oulan-Ude, à moins d’un mille de kilomètres de la frontière Mongols.

Je pus ensuite étendre à nouveau mes jambes en attendant qu’une occupation viennent à ma rencontre, car j’avais 5 bonnes heures avant l’arrivée en gare du train.

J’aime les vieilles gares qui n’ont pas l’allure de centre commercial. Le mobilier douteux, les chaises bancales, les débits de boissons abordables. Je pense qu’il existe une corrélation entre le prix des boissons et le taux de socialisation d’une gare.

Quand il n’y a pas de WiFi, une télé pour cent derrière un grillage, et des heures à attendre, on n’a pas d’autre choix que de se tourner vers son voisin.

Je n’aime pas généraliser un type de personne, mais il est vrai que le Russe au premier abord peut paraître comme difficilement approchable (la faute à Hollywood et ses vilains). Un regard fixe, une posture nonchalante. Parfois des tatouages bavant sur les rides. Des indices d’un passé aux détours mystérieux, aux choix difficiles, peut-être. Des histoires que l’on ne raconte pas à voix haute mais sur sa peau. Et il y a aussi cette langue consonantique qui nous paraît si distante de la nôtre. Mais au final, on découvre ce sourire, cette tendresse et courtoisie.

Je dis souvent que s’il y a une langue internationale dans ce monde c’est l’alcool. Et jamais ce postulat n’a gagné autant de crédibilité qu’en Russie. Je crois que je me suis rarement mis aussi minable et fait autant d’ami, sans échanger plus d’un « Davai ! » en 4 heures.

C’était comme Noël sur un No-mans Land. On oublie ses différences le temps d’une fête, on se rend insensible au long et inconfortable voyage à venir. L’histoire a tout fait pour nous séparer. Mais on se rejoint autour d’un rythme initiatique ancestrale qui consiste à boire le verre de trop, et rire de la grimace qui suit. Après cela, on est plus des voisins, mais des amis…

Le Train du jour et de la nuit.

À peine je pénétrais dans le géant de fer que les premiers flocons de mon aventure se mettent à tomber du ciel.

À l’intérieur, une odeur de choux vapeurs et de sanitaire d’un gymnase. Tout le monde boit ou dort comme pour oublier le temps qui passe.

Je partage mon compartiment avec trois femmes d’un âge éloigné du mien. Et une fois de plus je suis une curiosité qui éveille leur instinct maternel.

« Pourquoi ce petit français prend-il un train avec nous alors qu’il y a l’avion ? » compris-je.

« par ce qu’on trouve les plus belles russes dans les cabines des trains » fleuret-ai-je avec humour.

La plus âgée me pris pour un fou. Elle me force à avaler des quantités astronomiques de confiture de carotte sur du pain de seigle, de saucisse grasse et de café. Me force à rester boire le thé, alors que je veux jouer aux cartes avec les hommes du wagon voisin, qui, malgré les interdictions, empestent le tabac et la Vodka.

Pour communiquer, nous utilisons le pictionnary. Tour à tour nous dessinons nos questionnements et réponses. La plus âgée, me frappe l’épaule à chaque réponse renvoyant à mon jeune âge. Et me force à reprendre de la nourriture parce que je suis trop maigre selon elle pour le climat qui m’attend. Je décide de passer la nuit en leur compagnie, car il était temps de passer aux tisanes et petits biscuits, de profiter d’une atmosphère réconfortante et familiale, si rare sur la route. Sur la télé nous regardons des vieux films en noire et blanc russe. Le comique est gestuel, j’arrive donc à sourire quand un maigre Yuri jette un seau d’eau sur la tête du gros Igor qui sieste…

(la suite dans 120 heures pour traverser la Sibérie deuxième partie–ci dessous une version qui sera mis à jour et complété dans la semaine)

[…] Je me suis vite accoutumé à cette environnement étroit dans lequel j’allai passer les 3 prochains jours.

Je passais une grand partie de mes journées à alterner les fenêtres pour admirer différents points de vue de la Sibérie. La cabine collective donnait sur le sud. Les couloirs étaient des gigantesques panoramas mobiles du Nord. Et à l’arrière, une fenêtre sur l’ultime porte avant les rails, offrait une vue fuillante de la périphérie ouest du chemin de fer.

Le paysage était principalement composé d’un parterre épineux et bossus s’étendant jusqu’à l’horizon. D’occasionelles constructions rocheuses, des lacs, le tout soupoudré de neige. Il y avait aussi des rares villages aux cabanons fumant par la cheminé, mais où nul autre trace de vie ne pouvait témoigner d’exister.

C’est une nouvelle porte de l’esprit qui s’ouvre. On perd plus que son regard à observer cet étendu pendant des heures défilé par la fenêtre d’un wagon. […]

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