[EXPLORATRICE #1]

 

« Mais c’est facile pour toi de faire ça ! T’es un mec ! » 

Chaque fois que je rentre d’un voyage une petite routine s’installe : une douche brûlante suivie d’un bon repas avec ma famille. Un moment privilégié assis autour d’une table garnit de mets constitutifs de notre patrimoine gastronomique. Tous ces petits péchés mignons qui sont tant venus me faire saliver dans mes rêves et mirages lors des nombreuses nuits de disette, ou journée de soupe, conserve et riz… Puis, après le calme… La tempête ! De celles qui lèvent le mat d’un loup de mer ! Des nuits sans sommeil, à rattraper le temps perdu entre amis. On danse, on chante, on crie !
 Lors de ces occasions parfumées d’épices spiritueuses, j’ai relevé une affirmation récurrente déclarée par la jante féminine que j’ai le plaisir de compter parmi mon entourage :

 » Mais c’est facile pour toi de faire ça ! T’es un mec ! « 

Cette phrase a fait naître en moi une profonde réflexion sur la condition de la femme dont j’aime être le défenseur. Est-ce vrai ? Est-il plus difficile de voyager « autrement » quand on est une femme ? Je ne pouvais pas me contenter d’un triste « oui » universel. Il me fallait le « mais » et le « non ».

Et j’ai très vite compris que ce n’était pas à moi d’offrir une réponse, mais les concernées !

Donc, pour répondre à cette question, j’ai regroupé une série d’entrevues avec les courageuses exploratrices modernes  croisées hors des sentiers battus. Ces PocahontasMulan et Lara Croft vont aujourd’hui m’aider à lever le voile des nombreux clichés auxquelles vous, mesdames, devez faire face dans la préparation de vos aventures. Une série d’articles et de portraits hebdomadaires proposés par Not So Lonely Road.

 

Notre premiere candidate est une Française:

Cette semaine, Kyria Talhi, nous emmène le long des sentiers valoneux du Népal…

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1- Avant toutes choses, peux-tu  me decrire ce qu’est le « voyage » à tes yeux ? D’abord, son plus beau portrait. Puis, sa face plus sombre…

En ce qu’y me concerne, le voyage est le premier facteur permettant d’acquérir une connaissance du monde dans lequel on évolue. Il permet de découvrir les cultures, les peuples, les normes, valeurs, mœurs, paysages, qu’y forment et forgent ce vaste Monde dans lequel nous vivons.

En outre, il est également facteur du processus de la connaissance de « soi ». Sortir de son quotidien, son confort, de ce que l’on a toujours connu afin de nous confronter à l’inconnu. Ceci nous permet de nous trouver face à des modes de vie, des valeurs, des normes qu’y peuvent parfois se révéler incompréhensibles à nos yeux. Comment réagir face à cela ?

En passant par une telle expérience, nous pouvons nous découvrir sous des aspects peu révélés lorsque l’on évolue dans notre vie de tous les jours. Car le confort peut être une barrière à la réflexion.

Positivement, le voyage apporte émerveillement découlant d’une constante découverte, éliminant ennuie et lassitude.

Négativement, le voyage peut se révéler rude. Éloigné du confort auquel nous avons pu nous habituer. Également frustrant car la barrière de la langue peut se découvrir être un réel problème à certain moment.

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2- Qui etais-tu avant de prendre la route ?

J’étais une jeune femme tout juste diplômée avec se rêve de découvrir le Népal. Soif de cette découverte, je passais une grande partie de mon temps à me projeter dans l’avenir en imaginant ce que serait mon voyage ici.

Ayant pour intérêt de contrer certaines dérives de ma vie de tous les jours, ce voyage était, et est encore aujourd’hui, une possibilité d’échappatoire et d’un gain de sagesse. Une quête personnelle et spirituelle, que j’avais beaucoup de mal à mener en France, ce qu’y pouvait provoquer un mal être parfois exagéré.

 

3- Comment cette magnifique aventure a t-elle débuté ? Les premiers pas de ce voyage ?

Le stress et l’impatience me hantaient le jour de mon départ. Entre train et avions, mon esprit ne s’est pas laissé un seul instant d’apaisement.

Enfin, les deux pieds à l’aéroport de Kathmandu. Ce moment à entraîné l’envolée de tous ressentis pour laisser place à un sourire lié à l’impatience de la découverte d’un nouveau monde.

Les premiers pas dans cette capitale ont été accompagnés de joie, plaisirs, petites arnaques de début de voyage, désorientation, questionnements sur ma condition en tant que « voyageuse débutante ». Et surtout une attention accrue à chaque instant sur tout ce que je voyais afin de ne perdre aucune occasion de pouvoir découvrir et me familiariser avec ce nouvel environnement.

 

4- Concrètement, c’est quoi le plan ?

 

Concrètement, le « après Népal » ce tournerait vers l’Asie du Sud Est. Pour cette partie de mon voyage, j’aimerai faire du woofing. Afin de pouvoir en profiter sans dépenser de l’argent dans le logement. Ceci me permettrait également de découvrir des endroits pour lesquelles je n’aurais pas l’automatisme de visiter en tant que « simple voyageuse ». De plus, cela serait un moyen d’être auprès de la population locale tout au long de mon séjour.

La suite se dirigerait vers l’Australie afin d’y travailler plusieurs mois pour effectuer une rentrée d’argent dans le but de financer la suite de mon voyage. Cette escale aurait également pour intérêt de me familiariser davantage avec l’anglais.

A la suite de ça, la Nouvelle-Zélande, le Sri-Lanka, l’Inde et la Turquie seraient mon trajet retour jusqu’en Europe de l’Est. Elle, serait ma route finale jusqu’en France.

Ce plan n’a rien de fixe. Il est modifiable à tout instant.

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5- Ton meilleur souvenir pour l’instant ?

Mon meilleur souvenir se tient davantage à un amas de moments que j’ai vécu durant quelques jours.

J’ai eu l’occasion de passer plusieurs jours dans deux villages du côté de Tamang Hermitage. Hébergée dans une famille à Bridhim, puis une seconde à Thulo Shyafru, j’ai pu participer à la vie des villages. Notamment au festival tibétain.

Dans le calme des montagnes, et la douceur de ces personnes, j’ai réalisé ce que j’attendais du voyage. J’ai vu et appris la manière dont ils vivaient au quotidien, mangé et bu comme ils le faisaient. J’ai appris à faire la cuisine. Participé aux rites traditionnels bouddhistes.

J’ai pu également comprendre cette phrase souvent entendu : « Tu verras, les népalais sont d’une incroyable gentillesse ».

J’en garde un souvenir doux. Remplit de rire et de bienveillance.

 

6- Ton pire souvenir pour l’instant ?

Un jour durant mon trek de Langtang. Le troisième jour précisément.

Remontant la vallée dans la jungle de bamboo chaude et humide. La sensation de ne pas avancer malgré un nombre de pas incalculable.

Arrivée en haut, encore des heures de marche suivirent.

Une journée interminable, fatiguante et éprouvante.

 

7- Ta plus grande peur pour l’instant ?

La barrière de la langue est pour moi quelque chose d’effrayant au quotidien.

Ayant un niveau faible en anglais, me permettant de m’en sortir mais limitant mes possibilités, une pression persiste en moi.

Actuellement, ma plus grande peur se situe sur la projection que je me fais de mon expérience en Australie. Peur des premières semaines, des premiers mois. Peur de ne pas réussir à trouver du travail, faute de mon incompétence à m’exprimer correctement. Et par conséquent, de subir la solitude sur son aspect négatif.

 

8- Ta plus grande peur sur le fait d’être une femme voyageant seule ?

La possibilité d’une agression physique est ma plus grande peur.

Mais cette possibilité est tout autant probable en voyage que « chez soi ».

 

9- Penses-tu que le fait d’être une femme seule soit un handicap’ sur la route ?

Être une femme seule peut effectivement être un handicap. Certain pays sont jugés plus dangereux pour une femme seule que pour un homme. En fonction de la représentation de la femme, notamment occidentale, et de l’intérêt portée sur elle dans ces dit pays.

Ce handicap peut bien évidemment être surpassé. Seulement, la pression sociale, familiale et personnelle est réelle et peut parfois se révéler être un frein aux désirs de voyage.

 

10- Qu’en disent tes proches ?

Ils m’ont vivement encouragé à faire ce voyage. Mais certaines questions sur ma sécurité et sur ma condition de bien-être en tant que voyageuse seule sont récurrentes. Cependant, je perçois ces préoccupations comme étant davantage liées à l’aspect  du « voyage seul » que celui de « seule en étant une femme ».

 

Néanmoins, lorsque j’ai évoqué mon désir d’aller en Inde. Les préoccupations de mes proches ce sont vus accentuées.

L’Inde étant réputé pour une considération et une condition de la femme peu évoluée et peu sécurisée, l’inquiétude est palpable lorsque j’évoque ce sujet. Autant chez mes proches que chez moi.

« Voyage seule oui, mais pas partout »

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11- Penses-tu que la situation de la femme évolue partout dans le monde ? (Mise en perspective avec le Voyage).

Non pas partout.

Certains pays évolue doucement sur cette question (exemple récent : autorisation de conduire pour les femmes en Arabie saoudite, juin 2018). Quand d’autres restent bloqués sur ces questions d’égalité des sexes, et plus largement sur la question des genres. Certains même régressent (exemple récent : Donald Trump ayant pour volonté de restreindre la définition légal du genre pour la liée uniquement à un état immuable et biologique). Mettant à mal la possibilité d’évolution et de liberté de chacun, et entraînant un sentiment d’insécurité.

Étant sur la route que depuis deux mois, et seulement au Népal, je tiens ce point de vue par les renseignements que je me fournis auprès de médias.

 

12- Maintenant, j’aimerais savoir comment tout ce que nous avons abordé impacte ta vie personnelle ? (Le voyage, l’opinion des autres, les expériences vécus…)

Tout d’abord, ce voyage me permet de me rendre compte de certaines de mes capacités, dont j’ignorais ou doutais de l’existence avant de partir (sens de l’orientation, apprentissage de l’anglais, aisance dans l’acceptation des coups durs).

De plus, le voyage est fait de rencontres. En découle une ouverture d’esprit, des remises en question, un enrichissement sur le plan intellectuel et humain.

Enfin, mes proches et moi-même notons le fait, lors de nos échanges, que ce voyage me permet visiblement de m’épanouir. Le plaisir d’être ici et d’accomplir ce projet de voyage me procure une parfaite satisfaction.

En outre, ces premiers temps ici m’ont donné l’envie d’aller et de découvrir encore plus loin. Car il est important de notifier, que j’avais pour projet de départ de voyager un an et seulement au Népal.

 

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13- Pour toi, c’est quoi un voyage social, éthique ?

Il est le contraire d’un voyage enfermé dans des grands hôtels ou palaces. Enfermé en « groupe de touristes ». Visitant seulement les sites les plus touristiques parce que les « plus recommandés ». Sans ce soucier un seul instant des mœurs, cultures, du pays dans lequel on se trouve.

Au-delà du « voyage humanitaire », un voyage social et éthique, pour moi, et avant tout définit par la préoccupation et l’intérêt porté sur la culture du pays dans lequel on séjourne (ce qu’y est bien ou mal vue de faire, pour citer un exemple.). Porter attention à la population, rentrer en contact avec si il y a un désir d’échange, et ce malgré un langage oral différent. Apporter ce que l’on peut, humainement ou bien matériellement si cela nous est possible (et bien sûr, si cela à un intérêt).

Je pense que le plus important, est qu’il faut savoir être observateur, souriant et ouvert.

(Bien que ceci est également valable dans la vie de tous les jours).

 

14- Ton aventure a t-elle une fin ?

Sur un plan concret, oui celle-ci aura une fin. Je compte bien retourner en France.

Sur un plan plus personnelle, ce voyage va me permettre d’acquérir une réflexion et une spiritualité qu’y, elles, n’auront sans aucun doute pas de fin, ce qu’y me reliera toujours intimement à cette aventure.

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15- Que dirais-tu à une femme cherchant à voyager autrement ?

Je pense qu’il faut simple écouter ses désirs et aller dans leur sens.

La peur nous conditionne et nous retient. Nous avons peur de l’inconnu. Alors, afin de pallier à cette peur il faut aller à sa rencontre, celle-ci ne sera alors plus une terre-inconnue. Ce qui laissera place à la liberté d’action et de réalisation du désir.

Attention toute fois à toujours se renseigner sur l’état politique et social du pays dans lequel on veut se rendre.

De plus, la vigilance reste toujours le meilleur des alliés, seul-e ou à plusieurs.

 

Merci beaucoup pour ton temps et tes réponses  !

D’autres Articles [EXPLORATRICES] seront disponible sur : notsolonelyroad.com

La semaine prochaine : Une Americaine en Inde…

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“Not So Lonely Road, Ensemble, Aidons nos Héros des Sentiers Battus, à se sentir moins Seuls !”

 

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Rédigé par notsolonelyroad

Derrière l'avatar vous trouverez un jeune homme comme les autres, en proie à sa passion qu'il tente de poursuivre tant bien que mal. Quelqu'un en quête d'évasion. Ouvert d'esprit et déterminé à comprendre mon prochain, je pars sur les routes avec pour seul compagnon mon sac à dos. Car j'ai toujours refusé de me contenter d'une simple projection de ce qu'est, et de ce que pourrait être, notre monde; d’être abruti par les frontières ridiculement gigantesques de l'ignorance et de la peur. C'est pourquoi je pars à la conquête des grands chemins perdus entre les oasis de la mondialisation, et cela dès que j'en ai l'occasion, pour me perdre. Ainsi, j’espère trouver l'introuvable, parler à l'inconnu, et visiter le mystérieux.

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