Les Insta’venturiers: Quand les photographes amateurs prennent des risques inconsidérés. 

Qui n’a pas déjà liké un joli couple qui s’embrassent sur un sommet rocheux, un mannequin perdu dans le désert, ou une bande de potes devant un feu de camp ?

Ces clichés sont des échappatoires de fortune pour ceux qui vivent entre les quatre murs de la civilisation et attendent avec impatience leur prochain congé.

Ils regardent ces hashtags qui font rêver, et après un énième coucher de soleil qui leur glisse sous les doigts se disent : pourquoi pas moi ? Pourquoi ne pas ouvrir un compte Instagram et trouver du contenu qui me fera gagner 100 000 followers d’un coup ? Une erreur qui s’avère fatale pour certains.

Car ce que ces clichés ne vous disent pas : C’est que chaque année des centaines de touristes meurent en s’aventurant dans les montagnes sans équipement adéquat, dans les déserts sans source d’hydratation, ou dans des feux de forêt sans précaution. 

« Les gens meurent parce qu’ils sont négligent, ils n’en font qu’a leur tête et n’écoutent ni les guides, ni les locaux. Sans préparation, on augmente les chances de blessures et de mort. On ne peut pas gravir des sommets sans entraînement. » me confie Kami Rita Sherpa, multiple conquérant de l’Everest.

Les réseaux sociaux partagent une vision erronée du voyage.

 

J’appelle « Les Inta’venturier », ces leaders d’une communauté en pleine expansion rependant les tableaux utopiques de la nature en omettant les sacrifices et les risques d’une expédition en terre sauvage pour y accéder. Ou, tout simplement, ceux promotionnant des risques inconsidérés au nom d’une photo.

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Les influenceurs Raquel et Miguel, du Portugal, se sont affichés lors d’une prise de risque inconsciente dans le but de satisfaire leurs 200 000 followers sur Instagram (@Explorerssaurus)

Aujourd’hui, ils sont des milliers de voyageurs influencés ou influenceurs à prendre la route sans avoir conscience des périls qui les attendent. On estime à 260 le nombre de « morts par selfie » ces 6 dernières années », soit 43 par an en moyenne.

Avec l’explosion du tourisme de masse, voyager devient un jeu.

Une batterie de rechange et un abonnement 4G deviennent plus importants qu’un kit de premier secoure. On ne regarde plus une montagne sans chercher une photo qui va buzzer. Malheureusement le chiffre « mort à  cause d’inadvertance » n’existe pas. Mais tout les professionnels s’accordent sur ce point : « La majorité des cas de mort dans les zones reculées sont liées à  un manque de préparation et d’entrainement ».

C’est l’une des raisons qui font officiellement de la randonnée  l’un des sports les plus dangereux au monde, responsables en France de 80 morts par an.

En donnant une priorité absolue à la beauté de leurs clichés filtrés, ils se rendent coupables de rependre une fausse idée. Celle que la nature est synonyme de confort et de couleurs. Alors que non. Le ciel est souvent gris, le confort est inexistant, et le danger constant.

C’est pourquoi, beaucoup oublient les risques encourus quand ils s’aventurent sans préparation dans une nature à jamais sauvage et imprévisible. Dompter mère nature est loin d’être une partie de plaisir.

 

Cas Pratique : Le balcon qui n’est pas sur TripAdvisor.

 

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Ce contenu sponsorisé sur Facebook est une parfaite illustration de la bêtise humaine.

Pire encore, il s’agit d’un appel au don pour fonder de l’équipement de randonnée ! On ne vend plus la sécurité d’un bon matériel mais du confort et du style…

Je me demande, combien de personnes après avoir vu cela  vont se dire que c’est une bonne idée de dormir au bord d’une falaise?

Et il y a de multiples façons pour que ça tourne très mal :

– Éboulement, le morceau de falaise se rompt sous son poids. Dans la nature, il est impossible de connaître la résistance d’un sol rocheux. Vous pouvez être la première personne à y mettre les pieds depuis une dizaine d’années, créer une réaction en chaîne qui conduira à votre grand plongeon.

– Un mauvais rêve. Vous faites une galipette, un spasme, oubliez les barrières du lit superposé, vous vous réveillerez en plein cauchemar.

– Ça glisse ! Et oui le combo sac de couchage / tapis de sol n’aime pas les pentes. Un siège éjectable qu’il faut mieux éviter d’avoir sous son fessier dans cette situation.

– Aucune issue. Parce que si ce n’est pas la falaise qui pose problème, c’est tout ce qu’elle porte. Que cela soit une attaque d’animaux sauvages, ou un feu de forêt, il ne vous restera plus qu’une porte : celle des airs.

– L’exposition. Sans guide, il est conseillé de rester invisible quand on établit sont lieux de camps, car vous êtes rarement la bienvenue en territoire hostile. Il vaut mieux se faire discret particulièrement la nuit quand on est le plus vulnérable…

-Une envie pressante ? Vous regretterez que dans le noir la plus grande menace soit le coin de la commode pour votre petit orteil.

…Bref, on pourrait continuer encore longtemps cette liste, mais ce n’est pas le but du message.

L’idée est que beaucoup Insta’venturier, chercheront un angle de vue plutôt qu’un refuge. un paysage plutôt qu’un passage… Et ce genre de contenu, auquel on ne peut même pas échapper, plante une dangereuse gerbe d’idée dans la tête d’un globe trotteurs amateurs.

Le plus inquiétant est que l’on peut réitérer cet exercice avec des milliers, voir des millions, de clichés disponibles en continue sur vos réseaux sociaux.

Gardez à l’esprit que tout voyage est une ascension en haute montagne : 99% de douleurs, de doutes, d’inconfort et de regret; pour un misérable pour-cent de bonheur, de fierté, et de liberté qui nous font oublier leur prix. Dans ces moments ont crée des souvenirs plus éblouissants que n’importe quelles photos.

 

 

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Rédigé par notsolonelyroad

Derrière l'avatar vous trouverez un jeune homme comme les autres, en proie à sa passion qu'il tente de poursuivre tant bien que mal. Quelqu'un en quête d'évasion. Ouvert d'esprit et déterminé à comprendre mon prochain, je pars sur les routes avec pour seul compagnon mon sac à dos. Car j'ai toujours refusé de me contenter d'une simple projection de ce qu'est, et de ce que pourrait être, notre monde; d’être abruti par les frontières ridiculement gigantesques de l'ignorance et de la peur. C'est pourquoi je pars à la conquête des grands chemins perdus entre les oasis de la mondialisation, et cela dès que j'en ai l'occasion, pour me perdre. Ainsi, j’espère trouver l'introuvable, parler à l'inconnu, et visiter le mystérieux.

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